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abû zar al-ghafârî
prface 5
chapitre 1 : avant la découverte de l'islam
11
chapitre 2 : a la recherche du prophète (p)
23
chapitre 3 : de retour dans sa tribu
29
chapitre 4 : lors de l'émigration du prophète à médine
44
chapitre 5 : un disciple modèle du prophète
59
chapitre 6 : véridicité, érudition et ascétisme
79
chapitre 7 : les enseignements du prophète à abû zar
93
chapitre 8 : abû zar, rapporteur du hadith du prophète (p)
113
chapitre 9 : prise de position concernant la succession du prophète (p)
121
chapitre 10 : le transfert de la succession du saint prophète
135
chapitre 11 : les racines du mal et du malaise
149
chapitre12 :abû zar et `othmân
171
chapitre 13 : abû zar et mu`âwiyeh
177
chapitre 14 : un second exil en syrie
197
chapitre 15 : de retour chez `othmân
205
chapitre 16 : `othman, le népotisme et les tulaqâ'
213
chapitre 17: les causes profondes de l'amertume d'abû zar
233
chapitre 18 : le brûlage des copies du coran
239
chapitre 19 : abû zar, l'incorruptible, condamné à la déportarion
245
chapitre 20 : un sort pathétique
259
chapitre 21 : les péripéties du soulèvement des mécontents contre othmân.
281
prface
après treize ans de souffrances et de luttes continuelles, le prophète quitta
la mecque pour médine, ayant estimé que la phase de la fragilité de l'islam et
de sa pratique secrète était terminée, et qu'il devait avec le concours de ses
fidèles et courageux compagnons construire le grand édifice de l'etat islamique
et poser la fondation de son régime politique conformément à la volonté d'allah.
dès son arrivée à médine, le saint prophète y construisit un masjid (mosquée)
ainsi qu'une maison adjacente dont la porte s'ouvrait à l'intérieur de la
mosquée, pour qu'il y habite. dans cette nouvelle situation la vie du prophète
ne subit aucun changement. il resta le même du début jusqu'à la fin. sa
conduite, ses manières et son comportement ne changèrent en rien même après
l'instauration du gouvernement islamique dans toute l'arabie.
régime et un etat islamiques émergèrent au milieu des deux super-puissances
de l'époque (l'empire perse et l'empire romain). dans cet etat islamique il n'y
avait pas de gouvernants et de sujets, ni d'officiers et de subalternes, ni de
maîtres et d'esclaves. tout le monde était égal devant allah.
le fondateur de ce régime rendit le dernier soupir, et la première déviation
qui secoua la fondation de l'islam et donna lieu à la formation de factions
politiques au sein de la communauté musulmane eut lieu avec la mise à l'écart de
l'imam `ali du pouvoir et du califat (la succession du saint prophète).
abû zar était l'un des plus dévoués et des plus courageux des compagnons du
saint prophète. il était parmi les cinq premières personnes à embrasser l'islam,
et son épée était très efficace pour la défense du prophète. il était donc
normal qu'il fût également l'un des premiers à s'alarmer en voyant que l'imam
`ali qui incarnait la vertu et la vérité, était exclu des affaires de l'etat
islamique, alors que beaucoup de ceux qui gardaient encore de la rancune pour
l'islam s'étaient glissés à l'intérieur de l'organisation du califat, et
s'étaient appliquées à la ronger, comme des termites.
abû zar était donc terriblement inquiet pour l'avenir de l'islam et les
jours noirs qui l'attendaient. il avait toutefois un motif de consolation, car
il était confiant qu'en aucun cas la caravane de l'islam n'arrêterait pas sa
marche, et que même si un droit important avait été violé, le système islamique
n'était pas remis en cause. c'est pourquoi, bien que très affligé par la
privation de l'imam ali de son droit légitime de succéder au saint prophète à la
tête de l'État islamique, il garda le silence.
mais lorsque `othmân accéda au califat, la situation changea. la population
musulmane, et notamment les gens les plus démunis se trouvèrent à la merci des
usuriers, des marchands d'esclaves, des nantis et des aristocrates qui
fréquentaient la cour de `othmân et le palais de mu`âwiyeh. la classe distinguée
et les possédants commencèrent à ressurgir et à présenter un grand danger pour
la société musulmane, fondée sur l'égalité et la justice sociale. les traditions
du prophète (p) en la matière furent abandonnées. des sommes faramineuses furent
dépensées pour la construction du grand palais du "gouvernant islamique"
(mu`âwiyeh) à l'instar des cours impériales. alors que le calife `omar avait
mené la vie d'un homme ordinaire, et qu'abû bakr n'avait pas hésité à traire les
chèvres d'un juif pour gagner sa vie, le collier de l'épouse de `othmân, le 3e
calife coûtait l'équivalent du tiers du revenu perçu d'afrique!
alors que sous le califat de `omar, lorsque le fils d'un officier supérieur,
usant indûment de la position de son père s'était emparé de force du cheval d'un
homme, le calife avait poursuivi en justice aussi bien le père que le fils,
`othmân, son successeur, n'a pas hésité à nommer marwân ibn al-hakam - qui avait
été banni par le prophète - comme son conseiller et son "super-vizir", et à lui
offrir le domaine de khaybar ainsi que le revenu de l'afrique.
excédé par tous ces agissements indignes de l'islam authentique, et ne
pouvant plus garder le silence, abû zar se souleva contre ce régime tyrannique
et injuste. ce soulèvement courageux conduisit tous les territoires islamiques à
se révolter contre les injustices du gouvernement de `othmân. ses vagues
mugissantes ont laissé des traces encore perceptibles dans l'histoire de
l'humanité.
abû zar était soucieux de rétablir les valeurs islamiques abandonnées par
l'administration de `othmân au profit et à cause de la restauration de
l'aristocratie anté-islamique. abû zar considérait l'islam comme étant le
refuge de tous les déshérités, les dépossédés et les opprimés, alors que le
gouvernement de `othmân en fit l'instrument de la montée des aristocrates et des
usuriers.
cette fracture entre abû zar et `othmân continua et finit par coûter cher
au premier.
la toute-puissance et l'omniscience d'allah étaient toujours présentes dans
la conscience d'abû zar. aussi, ne se permit-il une seule seconde de s'écarter
de son chemin ni d'oublier ses devoirs envers lui. il passa pour être "l'homme
parfait" dans l'école de l'islam, et cela suffit pour montrer sa grandeur.
le combat d'abû zar pour la liberté et surtout pour la défense des
laissés-pour-compte est toujours d'actualité. la même situation qui le conduisit
à réunir autour de lui, en syrie et à médine, les nécessiteux et les opprimés
pour les inviter à défendre leurs droits fondamentaux et à dénoncer les
injustices dont ils étaient victimes, se répète ça et là de nos jours.
les musulmans des quatre coins du monde se rappellent aujourd'hui ses mots
fascinants, ses vues justes et ses discours enflammés. on peut dire qu'ils sont
en train de revoir à travers cette histoire lointaine comment il avait rassemblé
les opprimés et les dépossédés dans le masjid et attisé leurs sentiments contre
les habitants des palais verts et l'administration corrompue de `othmân, en
s'écriant:
"annonce un châtiment douloureux à ceux qui thésaurisent l'or et l'argent
sans rien dépenser dans le chemin d'allah". (sourate al-tawbah, 9:34)
"o mu`âwiyeh! si tu construis ce palais avec ton propre argent, c'est un
gaspillage, et si tu le construis avec l'argent du trésor public, c'est un abus
de confiance!
"o `othmân! ces pauvres sont devenus plus pauvres à cause de toi, et ces
riches sont devenus plus riches, grâce à toi".
chapitre 1
avant la découverte de l'islam
abû zar était un des compagnons du prophète de l'islam (p) connu pour son
amour de la liberté et son bon caractère, et selon le saint prophète, il
faisaient partie de ceux que le ciel et ses habitants désiraient ardemment. il
bénéficia de la compagnie du prophète au sens réel du terme.
abû zar disait lui-même: «mon vrai nom est jundab ibn junadah, mais après
ma conversion à l'islam, le saint prophète m'a donné le nom de "`abdullâh", et
c'est le nom que j'aime le plus». abû zar était donc sa "kuniyah" (surnom)
tiré du nom de son fils aîné tharr.
les histoirens s'accordent pour affirmer qu'abû zar était le fils d'ibn
qays Çaghîr ibn hazm ibn ghifâr et que sa mère s'appelait ramlah bint (fille de)
waqî`ah ghifâriyah. il était arabe de race et appartenait à la tribu ghifâr. de
là, le mot "ghifârî" qui suit son surnom.
`abdullâh al-subaytî écrit: «lorsque nous étudions la biographie d'abû zar,
nous constatons qu'il était la lumière personnifiée et l'incarnation des
qualités d'un grand homme. il avait la rare distinction d'être doué d'une
intelligence remarquable, d'une faculté de perception exceptionnelle, d'une
sagacité notable et d'un esprit vif». selon l'imam ja`far al-Çâdiq: «il était
toujours plongé dans la pensée, et ses prières étaient fondées sur ses
réflexions sur allah» (Çahîh muslim).
dans son livre "al-ichtirâkî al-zâhid" (le socialiste ascète), le célèbre
écrivain égyptien, `abdul hamîd jawdat-us-sahar écrit: «lors d'une période de
grande famine, les chefs de la tribu de ghifâr se réunirent pour concerter et
réfléchir au moyen de faire face à la terrible situation, due à la longue
absence de pluie et dans laquelle les bêtes étaient devenues décharnées et
maigres, et les provisions et les stocks épuisés. dans cette réunion, on se
demandait: "pourquoi notre dieu (l'idole manât) s'est-il fâché contre nous,
alors que nous avons prié pour la descente de la pluie, sacrifié des chameaux en
offrande et fait tout notre possible pour gagner sa faveur? la saison de pluie
arrive à son terme. pourtant il n'y a pas trace d'un nuage dans le ciel. il n'y
a eu ni tonnerre ni averse ces temps-ci, ni même une goutte de pluie ou une
bruine! que faut-il penser? sommes-nous devenus si pervers pour mériter la
colère de dieu? pourquoi se sent-il si en colère contre nous, alors que nous
avons offert tant de sacrifices pour lui faire plaisir?"
»les gens se mirent à réfléchir sur le sujet et à échanger leurs vues. ils
pensèrent: "l'homme ne peut rien contre la volonté du ciel. personne ne peut
faire venir des nuages et de la pluie du ciel. seul "manât"en est capable. c'est
pourquoi, nous n'avons d'autre alternative que de sortir, hommes et femmes, pour
le pèlerinage, afin de prier et d'implorer le pardon de "manât". peut-être nous
pardonnera-t-il et fera-t-il descendre la pluie pour que la terre redevienne
verte après la période de stérilité, notre pauvreté se transforme en prospérité,
notre malheur en bonheur et nos difficultés en aisance et confort.
»aussi toute la tribu commença à préparer une journée de prière et un voyage
auprès de manât. ceux qui dormaient se réveillèrent et accoururent pour
installer les litières sur leurs chameaux. unays (le frère d'abû zar)
enfourcha lui aussi son chameau pour rejoindre la caravane qui se dirigeait déjà
vers les côtes de la mer, mushalsal et qadîd qui relient la mecque et médine et
où se dressait manât. unays cherchant autour de lui son frère et ne le trouvant
pas fit s'asseoir son chameau et courut à pied pour voir s'il était resté à la
maison. en y arrivant, il cria: «jundab! jundab!». lorsqu'il vit son frère
allongé tranquillement sur son lit, il lui dit, étonné:
- n'as-tu pas entendu "l'appel" au voyage?
- si, mais que dois-je faire lorsque je me sens fatigué et que de plus je
n'ai pas envie d'aller en pèlerinage à manât, répondit abû zar.
- tais-toi! demande pardon au dieu. ne craints-tu pas qu'il t'entende et
qu'il envoie sur toi son courroux? le gronda unays.
- mais es-tu sûr que manât puisse nous entendre et nous voir? lui rétorqua
abû zar.
- qu'est-ce qu'il t'arrive aujourd'hui? un génie a-t-il eu raison de ton
esprit? ou bien es-tu malade? viens! repens-toi. peut-être dieu acceptera-t-il
tes remords, lui dit unays.
voyant abû zar rester dans son lit, son frère le hâta: «lève-toi. la
caravane est partie. la tribu s'éloigne».
alors que les deux frères discutaient, leur mère arriva. ils se turent.
- la mère: mes fils, quelles sont vos opinions?»
- unays: a propos de quoi? mère.
- la mère: a propos de la pluie.
- unays: nous sommes d'accord avec ce que tu suggérerais.
- la mère: je propose que vous alliez voir votre oncle maternel qui est un
homme riche.
- unays: d'accord. comme tu voudras. que dieu améliore notre condition !
abû zar et unays accompagnés de leur mère, se rendirent chez leur oncle.
celui-ci les accueillit avec grande hospitalité. ils restèrent chez lui pendant
longtemps. le confort et le plaisir y remplacèrent les difficultés et la peine
dans lesquelles ils se débattaient jadis. lorsque les membres de leur tribu
apprirent que leur oncle se montrait très bon envers ses deux neveux et qu'il
les aimait comme ses propres fils, ils furent pris de jalousie et décidèrent de
préparer un plan en vue de le faire se détacher d'eux. ils réfléchirent ensemble
sur les différents moyens de parvenir à leurs desseins perfides, et ils finirent
par choisir un homme pour exécuter le plan de leur conspiration.
cet homme alla voir l'oncle d'abû zar et s'assit à ses côtés calmement, la
tête baissée. l'oncle d'abû zar lui demanda: «comment vas-tu?». l'homme
affecta un air triste et dit: «je suis venu te voir pour une affaire importante.
si je n'avais pas une grande affection et un grand respect pour toi, je ne te
dirais rien. mais ma loyauté m'a obligé à venir pour t'en parler. je voudrais te
réveler ce que tu ignores afin que tu puisses voir toi-même ce qui se passe, car
je vois que les faveurs que tu fais à certains sont récompensées par
l'ingratitude».
l'oncle d'abû zar sentit que quelque chose allait mal. il s'inquiéta et
dit: «parle franchement et dis-moi tout». l'homme dit: «comment pourrais-je te
dire que lorsque tu sors de la maison, ton neveu unays, tient compagnie à ta
femme et lui parle secrètement. je ne saurais te dire ce qu'il lui dit».
l'oncle d'unays protesta: «c'est une fausse accusation contre lui, et je ne
crois pas du tout à ton insinuation». l'homme répondit: «nous aussi, nous
aurions voulu que ce soit une fausse allégation et une pure calomnie. mais
malheureusement, je suis obligé d'affirmer, que c'est la vérité».
l'oncle d'unays lui demanda de lui fournir une preuve à l'appui de cette
accusation. l'homme répondit: «toute la tribu peut en témoigner. tout le monde
l'a vu et a le même sentiment. si tu le désires, je pourrais te fournir
d'innombrables témoignages de ma tribu».
ayant entendu ces propos, le pauvre oncle commença à penser à son honneur et
à son prestige. il se sentit blessé dans sa dignité. l'homme sortit de chez lui
après lui avoir fait cette révélation abjecte qui laissa sur lui l'effet d'une
morsure de serpent.
l'oncle d'unays était maintenant convaincu de la véracité de l'accusation. il
fit beaucoup d'effort pour garder son sang-froid et son esprit en paix, mais en
vain. il se sentait, jour et nuit, triste, angoissé et comme siasi
d'épouvanteau. chaque fois que son neveu se trouvait devant lui, il détournait
son visage. un silence pesant régnait sur toute la maison.
lorsqu'abû zar remarqua les traits de tristesse envahissant le visage de
son oncle, il lui demanda: «cher oncle! qu'est-ce qui t'est arrivé? j'ai
remarqué que tu as changé depuis quelques jours. tu nous parles très peu,
contrairement à l'habitude, et tu as l'air très pensif et dépressif».
l'oncle répondit: «il n'y a rien d'anormal». abû zar insista: «non, il y a
certainement quelque chose. dis-moi s'il te plaît ce qui ne va pas. peut-être
pourrais-je te débarrasser de tes ennuis ou partager une partie de tes
angoisses».
l'oncle dit: «je ne peux pas décrire ce que les hommes de ma tribu m'ont
appris».
abû zar revint à la charge: «s'il te plaît, dis-moi ce qu'ils t'ont
rapporté».
son oncle finit par céder: «ils disent que unays rencontre ma femme quand je
sors de la maison».
ayant entendu ces calomnies, abû zar sentit le sang lui monter au visage et
devint rouge de colère: «tu viens de gâcher toutes les faveurs que tu nous as
faites. nous partirons tout de suite et nous ne te reverrons plus jamais».
ils quittèrent ainsi leur oncle et s'établirent à "batn marwa", près de la
mecque. c'est là qu' abû zar découvrit l'apparition du prophète dans la ville
de la mecque. il s'intéressa vivement à cet événement et voulut absolument en
savoir plus. un jour, il demanda à son frère unays d'aller à la mecque et de
trouver des renseignements sur le prophète.
unays était sur le point de partir pour la mecque lorsqu'on vit venir un
homme qui se dirigea directement vers la maison d'abû zar. «d'où viens-tu?»
lui demanda abû zar. «je viens de la mecque», répondit l'homme. «quelle est la
situation là-bas?», demanda encore abû zar. «on y parle d'un homme qui se dit
être prophète et recevoir des révélations du ciel» dit l'homme. abû zar
poursuivit: «qu'ont fait les mequois de lui?». «ils l'ont démenti, torturé et
ils ont mis les gens en garde de le rencontrer. ils menacent et terrorisent
quiconque le voit», répondit l'homme. «pourquoi les gens ne le croient-ils pas?»
interrogea abû zar. «comment le croiraient-ils alors qu'il vilipende leurs
dieux, les traitent de stupides et qualifie leurs ancêtres de pervers!»,
répondit l'homme. «il dit cela vraiment?» demanda abû zar intéressé. «ah oui.
et il dit que dieu est un...», confirma-t-il.
abû zar se mit à réfléchir à propos de l'homme qui avait dit que dieu est
un. il continua à penser pendant un certain temps. le visiteur le regarda et le
trouvant pensif, il prit congé et partit.
après son départ, abû zar s'adressant à son frère, lui dit: «va à la mecque
et essaie de trouver cet homme. il affirme qu'il reçoit des révélations du ciel.
quel est le mode de sa conversation? vois s'il est sincère ou non dans ses
paroles».
unays entreprit le voyage. après avoir traversé différentes stations, il
arriva à la mecque et se dirigea vers la ka`bah pour accomplir les rites de
pèlerinage. lorsqu'il sortit de la ka`bah, il vit un attroupement. il demanda à
un homme qu'il croisa: «qu'est-ce qu'il y a là?». l'homme répondit: «un apostat
qui appelle les gens à une nouvelle foi».
dès que unays entendit ceci, il accourut vers le lieu de rassemblement. une
fois sur place, il vit un homme dire: «louanges à allah! je fais ses louanges et
lui demande secours. je crois en lui, je dépends de lui et j'atteste qu'il n'y a
de dieu, en dehors de lui, il est sans partenaire».
selon le récit d'al-subaytî, unays entendit cet homme proclamer: «o gens! je
vous ai apporté les bénédictions de ce monde et de l'autre monde. dites qu'il
n'y a pas de dieu, sauf allah pour que vous soyez délivrés. je suis le messager
d'allah et je suis envoyé pour vous. je vous mets en garde contre la punition du
jour du jugement. rappelez-vous que personne ne sera sauvé, en dehors de ceux
qui se présentent devant allah avec un coeur humble. ni les riches ne vous
seront d'aucun secours, ni vos enfants ne pourront rien pour vous. craignez
allah, il sera bon envers vous. o gens! ecoutez-moi! je dis clairement que vos
ancêtres avaient dévié du droit chemin en adorant ces idoles et vous aussi vous
êtes en train de suivre leurs traces. rappelez-vous que ces idoles ne peuvent ni
vous nuire ni vous être utiles. elles ne peuvent ni vous arrêter ni vous
guider».
unays fut étonné par le discours éloquent du prophète (Ç), mais il fut aussi
surpris d'entendre les gens autour de lui tenir différents propos contre le
messager d'allah.
celui-ci ayant entendu ces attaques, dit: «les prophètes ne mentent pas. je
jure par allah en dehors duquel il n'y a pas de dieu, que j'ai été envoyé pour
vous comme messager. par allah vous mourrez comme si vous dormiez et vous serez
ressuscités comme si vous vous réveilliez. vous serez rappelés par allah pour
rendre des comptes sur vos actes. après quoi, vous entrerez éternellement, selon
le verdict, en enfer ou au paradis».
en entendant ces paroles, les gens demandèrent au prophète (Ç) comment ils
seraient ressuscités après s'être transformés en sable!
là, allah révéla les versets suivants: «mohammad! réponds: «soyez pierre ou
fer ou toute chose créée que vous puissiez concevoir...» «ils diront: «qui donc
nous fera revenir?». ils secoueront la tête vers toi et ils diront: «quand cela
se produira-t-il?». réponds: «il se peut que ce soit bientôt». (sourate
al-isrâ', 17: 50 - 51)
dès que le saint prophète finit son discours, les gens se levèrent. et alors
qu'ils se dispersaient, l'un d'eux dit: «c'est un devin». un autre: «non, c'est
un poète». un troisième: «c'est un magicien».
unays qui avait écouté les prêches du prophète (Ç) et les commentaires des
gens, baissa la tête pendant un moment et murmura: «par allah! sa parole est
agréable. ce qu'il a dit est vrai et les gens qui l'ont dénigré sont
certainement stupides».
puis, il enfourcha son chameau et repartit. il continua à penser à mohammad
(Ç), le prophète d'allah, tout au long du voyage, et à se rappeler son discours
jusqu'à ce qu'il rejoignît
abû zar.
dès que ce dernier le vit, il lui demanda avec enthousiasme et impatience:
«qu'as-tu vu à la mecque?»
- unays: «j'ai vu l'homme qui dit: "dieu est un". je l'ai entendu ordonner
aux gens de faire le bien et de s'abstenir du mal».
- abû zar: «que disent les gens à son propos?»
- unays: «ils disent qu'il est poète, magicien, et devin. mais lorsque j'ai
examiné sa parole du point de vue poétique, j'ai constaté qu'il n'est pas un
poète. il n'est ni magicien - car j'avais vu des magiciens - ni un devin - car
j'avais rencontré des devins, lesquels n'ont rien de commun avec lui.»
- abû zar: "que fait-il et que dit-il?"
- unays: "il dit des choses merveilleuses."
- abû zar: "te rappelles-tu ce qu'il disait?"
unays: "par allah! son discours était très agréable, mais je ne me rappelle
pas plus que je t'en ai dit. cependant, je l'ai vu accomplir certaines prières à
la ka`bah et j'ai vu aussi un beau garçon, pré-adolescent, accomplir la prière à
côté de lui. les gens disent que c'est son cousin `ali. j'ai vu également une
femme prier derrière lui, et on dit qu'elle est sa femme khadijah».
chapitre 2
a la recherche du prophète (p)
après avoir écouté son frère, abû zar dit: «je ne suis pas satisfait de ton
rapport. je dois y aller moi-même pour le voir et l'écouter».
abû zar effectua le voyage, arriva à la mecque, entra dans l'enceinte de la
ka`bah et se mit à la recherche du saint prophète. mais il n'y en trouva pas de
trace et il n'en entendit pas parler non plus. il resta là, cependant, jusqu'au
coucher du soleil. finalement, `ali passa devant lui, et le voyant assis là, lui
demanda: «tu as l'air d'un voyageur. n'est-ce pas?»
- abû zar: "si!"
- `ali: viens avec moi.
`ali l'amena chez lui. ils marchèrent tous les deux sans échanger de paroles.
abû zar ne lui avait rien demandé avant d'arriver à la maison. là, `ali
prépara la chambre d'abû zar et celui-ci alla se coucher. le lendemain matin,
abû zar repartit à la ka`bah à la recherche du prophète (Ç). il ne demanda à
personne où pourrait se trouver le prophète et personne ne lui en parla. il
attendit là avec anxiété jusqu'à la fin de la journée. `ali arriva à la ka`bah
comme d'habitude et passa devant lui. dès qu'il vit abû zar, il lui demanda:
«n'as-tu pas pu rentrer chez toi jusqu'à maintenant?»