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NOTRE ECONOMIE
(mohammed bâqer al-sadr)
table des matieres
avant-propos
notre economie dans ses principaux
aspects
1 notre economie dans ses principaux aspects
1- la structure générale de l'economie islamique.
2- l'economie islamique est une partie d'un tout.
3- le cadre général de l'economie islamique.
4- l'economie islamique n'est pas une science.
5- les rapports de distribution sont séparés de la forme de production.
6- le problème économique et sa solution dans l'optique islamique.
1- la structure generale de l'economie islamique.
la structure générale de l'economie islamique se compose de trois piliers qui
en déterminent le contenu doctrinal et la font se distinguer de toutes les
autres doctrines économiques dans leurs lignes générales. ces piliers sont :
1- le principe de la double propriété.
2- le principe de la liberté économique dans un cadre limité.
3- le principe de la justice sociale.
nous allons expliquer et interpréter ces trois piliers principaux pour nous
faire une idée générale de l'economie islamique et pour pouvoir par conséquent
traiter d'une façon plus exhaustive de ses détails et de ses traits
caractéristiques doctrinaux.
le principe de la double propriété.
l'islam diffère substantiellement du capitalisme et du socialisme quant au
type de propriété qu'il admet.
la société capitaliste croit, en effet, à la forme particulière et
individuelle de la propriété - c'est-à-dire la propriété privée - comme règle
générale. elle reconnaît aux individus le droit à la propriété privée de toutes
les sortes de richesses du pays selon leurs activités publiques, et n'y apporte
de restrictions que lorsque la nécessité sociale l'impose, et que l'expérience
établit un tel secteur public. ainsi cette nécessité constitue un cas de
dérogation au principe de la propriété privée et permet d'y faire exception pour
un secteur donné ou une richesse donnée.
la société socialiste fait exactement le contraire. la propriété commune y
est le principe général qui s'applique à toutes les sortes de richesses du pays,
et la propriété privée de certaines richesses du pays n'y est qu'une anomalie et
une exception, qu'on pourrait admettre parfois à la suite d'une nécessité
sociale contraignante.
c'est à partir de ces deux théories opposées, du capitalisme et du
socialisme, qu'on appelle "société capitaliste" toute société qui croit à la
propriété privée comme principe unique, et à la nationalisation comme une
exception et un palliatif à une nécessité sociale, et "société socialiste" toute
société qui considère la propriété socialiste comme étant le principe, et qui ne
reconnaît la propriété privée que dans des cas exceptionnels.
quant à la société islamique, elle ne comporte la caractéristique essentielle
d'aucune des deux sociétés précitées. car la doctrine islamique ne s'accorde ni
avec le capitalisme dans son affirmation que la propriété privée est le
principe, ni avec le socialisme lorsqu'il considère la propriété socialiste
comme principe général. elle admet en même temps les différentes formes de la
propriété lorsqu'elle adopte le principe de la double propriété (propriété à
formes diverses) au lieu de celui de la forme unique de la propriété que font
leur le capitalisme et le socialisme. c'est un principe qui croit à la propriété
privée, à la propriété publique et à la propriété de l'etat. il consacre à
chacune de ces trois formes de propriété un champ particulier dans lequel elle
oeuvre, et il ne considère aucune d'elles comme une anomalie, une exception ou
un remède provisoire exigé par les circonstances.
il est donc erroné d'appeler la société islamique, une société capitaliste,
même lorsqu'elle autorise la propriété privée d'un certain nombre de capitaux et
de moyens de production ; car la propriété privée n'y est pas la règle générale.
de même il est erroné de l'appeler société socialiste même si elle (la société
islamique) se sert du principe de la propriété publique et de la propriété de
l'etat, pour certaines richesses et certains capitaux, étant donné que la forme
socialiste de la propriété n'y est pas la règle générale. et enfin, il est aussi
erroné de la considérer comme un mélange de celle-ci et de celle-là, car la
diversité des formes principales de la propriété dans la société islamique ne
signifie pas que l'islam est un mélange des deux doctrines capitaliste et
socialiste, ni qu'il a adopté un aspect de chacune d'elles. il faut voir dans
cette diversité des formes de la propriété qui le caractérise comme un plan
doctrinal original fondé sur des règles de pensée précises, et comme un sujet
inclus dans un cadre particulier de valeurs et de conceptions qui contredisent
les bases, les règles, les valeurs et les conceptions sur lesquels ont été
fondés le capitalisme libéral et le socialisme marxiste.
la preuve la plus évidente de la justesse de la position islamique vis-à-vis
de la propriété (possession fondée sur le principe de la double propriété) nous
est fournie par la réalité de l'expérience capitaliste et de l'expérience
socialiste elles-mêmes, puisque chacune d'elles a été contrainte d'admettre la
forme de propriété de l'autre, donc de reconnaître la nécessité d'une forme de
propriété opposée à celle qui constitue la règle générale chez elle après que la
réalité leur a prouvé l'erreur de l'idée de la forme unique de propriété.
ainsi, la société capitaliste a commencé depuis longtemps à appliquer l'idée
de la nationalisation et à exclure certains secteurs du cadre de la propriété
privée. ce mouvement de nationalisation constitue un aveu, de la part des
sociétés capitalistes, de l'inadéquation du principe capitaliste de la
propriété, et une tentative de pallier les complications et contradictions
découlant de ce principe.
de même, la société socialiste, malgré son jeune âge, s'est trouvée, sur un
autre plan, elle aussi contrainte de reconnaître la propriété privée, tantôt
d'une manière légale, tantôt illégale. l'exemple de l'aveu légal est illustré
par l'article sept de la constitution soviétique, qui stipule : «chacune des
familles de la ferme coopérative obtient, outre le revenu principal provenant de
l'economie commune de la ferme coopérative, un morceau de terrain qui lui est
propre et rattaché au lieu de logement ; ce terrain lui permet donc d'avoir une
maison d'habitation, une economie supplémentaire, du bétail productif, des
volailles et des instruments agricoles simples, à titre de propriété privée.»
l'article neuf aussi autorise les paysans et les artisans à posséder,
individuellement, de petits projets économiques, et permet la constitution de
ces petites propriétés à côté du système socialiste en vigueur.
le principe de la liberté économique dans un cadre limité.
le second pilier de l'economie islamique est le fait d'accorder aux individus
une liberté économique, dans les limites des valeurs morales et éthiques
auxquelles croit l'islam.
dans ce pilier également, nous remarquons une différence saillante entre
l'economie islamique d'une part et les deux economies capitaliste et socialiste
de l'autre. ainsi, alors que les individus jouissent de libertés illimitées dans
l'economie capitaliste, et que l'economie socialiste confisque la liberté de
tout le monde, l'economie islamique adopte une attitude conforme à sa nature
générale en autorisant les individus à exercer leurs libertés dans le cadre de
valeurs et d'idéaux qui domptent et polissent la liberté, et en font un
instrument de bien pour toute l'humanité.
la limitation islamique de la liberté sociale dans le domaine économique est
de deux sortes:
1- l'auto-limitation qui émane des profondeurs de la personne et qui puise
son crédit dans le contenu spirituel et intellectuel de la personnalité
islamique.
2- la limitation objective qui exprime une force extérieure délimitant et
réglant la conduite sociale.
l'auto-limitation :
elle se forme dans le cadre de l'éducation spéciale que l'islam dispense à
l'individu dans une société où l'islam régit tous les secteurs de la vie (de la
société islamique). en effet, les cadres intellectuels et spirituels à
l'intérieur desquels l'islam forge la personnalité islamique, lorsqu'il offre
l'occasion d'entrer dans la réalité de la vie et de faire l'histoire sur la base
de cette réalité, ont une force morale énorme et exercent une grande influence
sur l'auto-limitation ou la limitation naturelle de la liberté accordée aux
individus de la société islamique et sur son orientation dans la discipline, et
sans que les individus aient le sentiment que leurs libertés seraient tant soit
peu confisquées, car la limitation étant le produit de leur réalité spirituelle
et intellectuelle, les individus n'y voient pas une limitation de leurs
libertés. c'est pourquoi l'auto-limitation n'est pas vraiment une limitation de
la liberté, mais une opération de formation du contenu intérieur de l'homme
libre, une formation morale et saine, dans laquelle la liberté accomplit son
vrai message.
cette auto-limitation a produit des résultats splendides et des effets
grandioses dans la formation de la nature de la société islamique et son
tempérament général. bien que l'expérience islamique complète fût de courte
durée, elle a porté ses fruits et fait exploser dans l'âme humaine ses
possibilités idéales et sublimes tout en donnant à l'humanité un crédit
spirituel riche en sentiments de justice, de bien, et de bienveillance. et si
cette expérience s'était prolongée dans la vie plus longtemps que la courte
période historique qu'elle a vécue effectivement, elle aurait pu prouver la
compétence de l'humanité pour être le représentant d'allah sur la terre, forger
un nouveau monde imprégné de sentiments de justice et de miséricorde, et
extirper de l'âme humaine tous les éléments de mal et tous les mobiles
d'injustice et de corruption qu'il est possible d'extirper.
en outre, il ne faut pas oublier que l'une des conséquences bénéfiques de
l'auto-limitation est le fait que celle-ci demeure la seule garantie
fondamentale des oeuvres bonnes dans la communauté musulmane, depuis que l'islam
a cessé son expérience de la vie et perdu sa direction politique et son imamat
social. et bien que les musulmans se soient écartés de l'esprit de cette
expérience et de cette direction d'une distance temporelle de plusieurs siècles,
et d'une distance spirituelle dont la mesure est le degré d'abaissement de leurs
niveaux intellectuel et psychologique, et de leur accoutumance à d'autres modes
de vie sociale et politique, l'auto-limitation dont le premier noyau fut posé
par l'islam lors de son expérience complète de la vie, a joué un rôle positif et
efficace dans le maintien des oeuvres bonnes qui se traduit par le fait que des
millions de musulmans payent de leur plein gré, lequel est cristallisé dans le
cadre de cette auto-limitation, la zakât et d'autres obligations contractées
envers allah, et contribuent à la réalisation des conceptions islamiques de la
justice sociale. a la lumière de ce fait, combien plus grands auraient été les
résultats si ces musulmans vivaient l'expérience islamique complète, et si leur
société était l'incarnation complète de l'islam, dans ses pensées, ses valeurs
et sa politique, et l'expression pratique de ses conceptions et idéaux.
la limitation objective de la liberté :
elle signifie ici la limitation imposée de l'extérieur, par la force de la
loi, à l'individu dans la société islamique. cette limitation objective de la
liberté en islam est fondée sur le principe selon lequel il n'y a pas de liberté
pour l'individu en ce qui concerne les activités qui s'opposent aux idéaux et
aux objectifs à la nécessité desquels l'islam croit, et qui sont explicitement
soulignés dans la charî'ah.
on a exécuté ce principe en islam de la façon suivante :
la charî'ah s'est chargée, dans ses sources générales, d'interdire
explicitement une série d'activités économiques et sociales, telles que l'usure,
le monopole, etc., susceptibles, selon l'optique islamique, d'entraver la
réalisation de certains idéaux et valeurs adoptés par l'islam.
la charî'ah
(1) a posé
le principe de la supervision, par le tuteur
(2), de
l'activité générale, et de l'intervention de l'etat dans la limitation des
libertés des individus dans les travaux qu'ils exercent, et ce, afin de protéger
et de préserver les intérêts généraux. il était nécessaire pour l'islam de poser
ce principe afin de garantir à la longue la réalisation de ses idéaux et de ses
conceptions de la justice sociale. car les exigences de la justice sociale à
laquelle appelle l'islam diffèrent selon les circonstances économiques de la
société et les situations matérielles qu'elle traverse. ainsi, une activité
donnée pourrait être nuisible à la société et à son entité à un certain moment
historique, et non pas à un autre. aussi ne peut-on pas en expliciter les
détails dans des formules constitutionnelles constantes. le seul moyen possible
est de permettre au tuteur d'exercer sa fonction en sa qualité d'autorité
chargée de surveiller, orienter et limiter les libertés afin que leur exercice
légal soit conforme à l'idéal islamique de la société.
l'origine législative du principe de la supervision et de l'intervention est
le noble coran, et précisément dans ce verset :
«obéi0ssez à allah, obéissez au prophète et à ceux d'entre vous qui
détiennent l'autorité.» (3)
ce texte indique clairement la nécessité d'obéir au tuteur (celui qui détient
l'autorité). si les musulmans divergent quant à la nomination et à la
détermination des conditions et des qualités des tuteurs, ils sont unanimement
d'accord pour dire que ceux-ci sont les détenteurs de l'autorité légale dans la
société islamique. l'autorité islamique suprême a donc droit à l'obéissance, et
dispose du droit d'intervenir en vue de protéger la société et d'y réaliser
l'équilibre islamique, à condition toutefois que cette intervention se situe
dans le cadre de la charî'ah sacrée. l'etat, ou le tuteur, n'a pas le droit, par
exemple, de légaliser l'usure, d'autoriser la tromperie, de suspendre la loi sur
l'héritage, ou d'abolir une propriété établie dans la société selon une base
islamique. en islam, le tuteur est autorisé seulement à intervenir dans les
conduites et les activités dans lesquelles la charî'ah lui laisse la liberté
d'action. il peut ainsi les interdire ou les imposer conformément à l'idéal
social islamique. la mise en valeur de la terre, l'extraction des minerais, le
creusement de cours d'eau et d'autres activités et commerces similaires sont
autorisés généralement par la charî'ah, laquelle a fixé pour chacune des
activités de ce genre des conséquences légales qui en découlent. si le tuteur
estime qu'il faut entreprendre ou interdire l'une de ces activités, dans les
limites de ses compétences, il peut le faire conformément au principe précité.
le saint prophète (Ç) appliquait ce principe d'intervention lorsque le cas
l'exigeait et que la situation nécessitait intervention et orientation. parmi
les exemples illustrant cette intervention, citons ce que le hadith (4) lui
attribue : le saint prophète (Ç) a déclaré aux gens de médine, concernant l'eau
d'arrosage des dattiers, que l'on n'interdise pas l'utilisation d'une chose, et
aux gens de la "bâdiyah", que l'on n'interdise pas le surplus d'une eau afin de
ne pas interdire le surplus de l'herbe. et il a dit : «ni dommage ni
endommagement.» (5)
il est évident pour les faqîh (6)
que le fait d'empêcher l'utilisation d'une chose, ou du surplus de l'eau,
n'est pas prohibé d'une manière générale dans la sainte charî'ah. a la lumière
de quoi nous comprenons que l'interdiction faite par le saint prophète (Ç) aux
gens de médine de faire obstacle à une chose, ou d'empêcher le surplus de l'eau,
n'a pas été prononcée en sa qualité de messager chargé de communiquer les
"statuts légaux" (7)
généraux, mais en sa qualité de tuteur, responsable de l'organisation de la vie
économique de la société et de son orientation d'une façon qui ne s'oppose pas à
l'intérêt général qu'il apprécie lui-même. c'est sans doute la raison pour
laquelle le "récit" (8) a
exprimé la prohibition du saint prophète (Ç) par le terme "décret" et non
"interdiction", étant donné que le "décret" est une sorte de "jugement"
(9).
le principe de la justice
sociale.
le troisième pilier de l'economie islamique est le principe de la justice
sociale, que l'islam a incarnée en pourvoyant le système de distribution de la
richesse dans la société islamique, en éléments et garanties assurant à la
distribution la possibilité de réaliser la justice sociale, et mettant ledit
système en harmonie avec les valeurs sur lesquelles il est fondé. en effet,
lorsque l'islam a inclus la justice sociale dans les principes essentiels dont
est constitué son principe économique, il n'a pas adopté la justice sociale dans
sa conception générale abstraite, ni ne s'en est réclamé d'une façon susceptible
d'accepter toutes sortes d'interprétations, ni ne l'a confiée aux sociétés
humaines qui diffèrent dans leurs visions de la justice sociale selon la
différence de leurs idées sur la civilisation et de leur conceptions de la
vie...
l'islam a déterminé et cristallisé ce principe dans un plan social
spécifique, et a pu par la suite incarner ce plan dans une réalité sociale
vivante dans les artères et veines de laquelle coule la conception islamique de
la justice.
il ne suffit pas de connaître de l'islam son appel à la justice sociale, mais
il faut connaître aussi ses conceptions détaillées de la justice et la
signification islamique particulière de celle-ci.
l'image islamique de la justice sociale comporte deux principes généraux. le
premier est le principe de la solidarité générale ; l'autre est le principe de
l'équilibre social. c'est par cette solidarité et cet équilibre, compris dans
leur conception islamique, que se réalisent les valeurs de la justice sociale,
et c'est par eux que s'incarne l'idéal islamique de la justice sociale, comme
nous le verrons dans un chapitre prochain.
les pas que l'islam a franchis, dans son expérience historique rayonnante,
pour instaurer la meilleure société humaine, ont montré clairement combien il
prend soin de ce troisième pilier principal de son economie. ce soin s'est
reflété clairement dans le premier discours prononcé par le saint prophète (Ç)
lorsqu'il a entrepris la première action politique dans son nouvel etat. en
effet, selon les "récits", le saint prophète (Ç) a inauguré ses communiqués
d'orientation par le discours suivant :
«o gens ! oeuvrez en vue de votre salut final. par allah ! sachez qu'allah
peut faire mourir chacun de vous (à tout moment) en laissant ses
moutons sans berger. puis son seigneur lui dira : «mon messager n'est-il pas
venu pour te communiquer mon message ? ne t'ai-je pas accordé des biens et des
faveurs ? qu'as-tu donc fait pour ton salut ?» l'homme regardera alors à gauche
et à droite, et il ne verra rien. puis il regardera devant lui, et il ne verra
que l'enfer. donc, quiconque peut s'épargner l'enfer, qu'il le fasse -même
avec (en offrant) la moitié d'une datte. et s'il ne le peut pas,
qu'il le fasse avec un mot gentil, lequel peut récompenser une bonne action de
dix à sept cents fois sa valeur. que la paix, la miséricorde et les bénédictions
d'allah soient sur vous.»
il a commencé son action politique par la fraternisation qu'il a établie
entre les muhajirîn (les emigrés) et les ançar (les partisans), et l'application
du principe de la solidarité entre eux, en vue de réaliser la justice sociale
escomptée par l'islam.
tels sont donc les piliers principaux de l'economie islamique :
1- une propriété à formes multiples en fonction desquelles se détermine la
distribution .
2- une liberté limitée par les valeurs islamiques dans les domaines de la
production, de l'échange et de la consommation.
3- une justice sociale garantissant à la société son bonheur, et dont
l'ossature est la solidarité et l'équilibre.
deux caractéristiques essentielles de la doctrine économique islamique.
la doctrine économique islamique a deux qualités essentielles qui rayonnent
de tous ses détails et lignes. ce sont le réalisme et la morale. en effet,
l'economie islamique est à la fois réaliste et morale dans les buts qu'elle veut
réaliser et dans la méthode qu'elle adopte.
c'est une economie réaliste dans ses buts, car elle vise, dans ses règlements
et lois, des buts qui concordent avec la réalité de l'humanité dans toute sa
nature, ses penchants et ses caractéristiques générales, et s'efforce toujours
de ne pas épuiser l'humanité dans ses calculs législatifs et de ne pas la faire
voler vers des horizons fictifs lointains qui ne sont pas à sa portée. elle
fonde toujours son plan économique sur la vision réaliste de l'homme, et
poursuit des buts réalistes qui se conforment à cette vision. une economie
utopiste, l'economie communiste par exemple, se plairait à se fixer un but
irréaliste et à aspirer à la réalisation d'une humanité nouvelle, dépouillée de
tous les penchants égoïstes, capable de distribuer entre ses membres le travail
et les biens sans le recours à un appareil gouvernemental chargé de cette
distribution, et dépourvue de toute sorte de discorde et de lutte. mais cette
vision ne concorde pas avec la nature de la législation islamique et le réalisme
qui caractérise ses buts et objectifs.
en outre, c'est une economie réaliste dans sa méthode aussi. de même qu'elle
vise des buts réalistes et réalisables, de même elle garantit la réalisation de
ces buts d'une façon réaliste et matérielle, et ne se contente pas d'une
garantie sous forme de conseils et d'orientations prodigués par des prédicateurs
et des conseillers, car elle veut parvenir à la réalisation de ses buts, et ne
se contente pas de les laisser à la merci du hasard et de la conjoncture. ainsi,
lorsqu'elle vise par l'exemple l'instauration de la solidarité générale dans la
société, elle ne se contente pas, pour ce faire, de mesures d'orientation et de
galvanisation de sentiments, mais recourt à une garantie législative qui rend la
réalisation de cette solidarité irréversiblement nécessaire.
la deuxième qualité de l'economie islamique, la qualité morale, signifie, en
ce qui concerne le but, que l'islam ne choisit pas les objectifs qu'il s'efforce
d'atteindre dans la vie économique de la société, à partir des circonstances
matérielles et des conditions naturelles indépendantes de l'homme lui-même,
comme cela est le cas du marxisme dont les buts sont inspirés de la situation et
des circonstances des forces productives. l'islam regarde ces buts comme étant
l'expression des valeurs pratiques dont la réalisation est moralement
nécessaire. lorsqu'il décide la garantie de la vie de l'ouvrier, par exemple, il
ne pense pas que cette garantie sociale qu'il a fixée, découle des circonstances
matérielles de la production, mais la considère en tant qu'une valeur pratique
qu'il faut réaliser, comme nous allons l'étudier d'une façon détaillée dans des
pages suivantes de ce chapitre.
la qualité morale, sur le plan de la méthode, signifie que l'islam
s'intéresse au facteur psychologique dans la méthode qu'il suit pour atteindre
ses buts et objectifs. dans la méthode qu'il propose à cet effet, il ne se
contente pas de s'occuper de l'aspect objectif seulement, c'est-à-dire la
réalisation de ces objectifs, mais prend un soin particulier à insérer le
facteur psychologique et subjectif dans la méthode de réalisation de ces buts.
on pourrait par exemple prendre de l'argent au riche pour satisfaire les besoins
du pauvre, réalisant ainsi l'objectif que l'economie islamique poursuit à
travers le principe de la solidarité. mais cela n'est pas tout dans le calcul de
l'islam. il y a en islam la méthode par laquelle on doit réaliser la solidarité
générale. car cette méthode pourrait signifier tout simplement l'utilisation de
la force pour prélever un impôt sur les biens des riches pour satisfaire les
besoins des pauvres. mais bien que ceci suffise pour réaliser l'aspect objectif
du problème, c'est-à-dire la satisfaction des besoins du pauvre, l'islam ne
l'admet pas, étant donné que la méthode de la réalisation de la solidarité est
dépourvue d'une motivation morale et du facteur de bienfaisance dans l'âme du
riche. c'est pourquoi l'islam est intervenu pour faire des obligations fiscales,
par lesquelles il vise l'instauration de la solidarité, des actes cultuels
légaux (prescrits) qui doivent émaner d'une motivation intérieure éclairée
poussant l'homme à participer, d'une façon consciente et volontaire, et dans
l'espoir de se rapprocher d'allah et de le contenter, à la réalisation des buts
de l'economie islamique.