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5.2 les 'abbâssides de bagdad

mais les terres musulmanes sont loin de damas et il n’est pas facile de diriger lorsqu’on est pratiquement absent de la vie musulmane. les révoltes se succèdent et viennent d’une part des chiites mais aussi de l’intérieur. en arabie, abou huslim se soulève et en 750 une nouvelle ère commence. les omeyades exterminés, un seul ayant réussi à s’enfuir en espagne d’où il continuera à faire fleurir un temps cette dynastie, une nouvelle dynastie arrive à la tête de l’islam: celle des abassides.

le nouveau calife de l’islam est un descendant de l’oncle du prophète, al-abbas; de lui naîtra la dynastie des abbassides qui, comme les omayyades, considèrent que le califat doit se transmettre de père en fils. cette dynastie régnera sur le monde musulman pendant près de cinq siècles. c’est l’époque des grandes organisations: le pouvoir central se consolide et se donne un appareil gouvernemental. le calife est entouré d’un vizir, son premier ministre, de secrétaires d’état, d’un chef de l’armée, de collecteurs d’impôts, de chambellans et de cadis (juges). des sultans et des émirs sont nommés pour gouverner dans les provinces lointaines, mais il doivent en principe allégeance au calife. c’est l’époque de construction des grandes mosquées de damas, de médine, de jérusalem, de kairouan, de cordoue, etc.

dès 762, le premier calife abbasside, al-saffah, transfère la capitale de damas à bagdad, en irak. le développement économique et culturel est spectaculaire. le commerce des étoffes, des soieries, des tapis, est connu dans le monde entier; l’artisanat du cuir, de l’or et du bois aussi. l’architecture musulmane voit fleurir un peu partout mosquées et palais somptueux, mausolées et coupoles, portails et fortifications donnant une unité de style aux diverses régions de l’islam. des philosophes comme al-fârâbi, «le platon de l’islam», puis, plus tard, avicenne, le plus célèbre des penseurs musulmans, verront le jour sous la dynastie abbasside. on construit des barrages et des routes, les villes s’édifient autour des points d’eau. l’habitat est essentiellement urbain, bien que subsiste une paysannerie plus longue à éduquer.

cette brillante civilisation a souvent été désignée comme l’âge d’or de l’islam.

les arabes sont célèbres dans le monde entier pour leur habileté de commerçants et le raffinement de leurs moeurs. des marchands vont même jusqu’en chine. la médecine déjà commence à se développer, ainsi que l’astronomie et la physique. c’est à bagdad que l’astronome al-khwarizmi invente l’algèbre. les relations internationales des souverains abbassides les mettent en correspondance avec charlemagne. dans le monde entier, on admire la civilisation musulmane : les européens ont, eux aussi, l’exemple du calife de cordoue (ce descendant de la branche omayyade, rescapé de la tuerie et réfugié en andalousie), qui règne sur tout le sud de l’espagne et sur une partie de l’afrique du nord, protecteur des arts et des lettres.

cependant, la période abbasside marque aussi le début des grandes scissions dans le monde musulman ainsi que les origines de la décadence qui va bientôt affecter les souverains et leur entourage. l’islam se trouve coupé en deux par l’existence de deux pôles d’attraction dont l’influence est presque égale, le califat de bagdad et celui de cordoue. deux mondes s’affrontent : l’orient et l’occident.

et ce n’est que le début des partages : dans chaque pays, les principautés veulent leur indépendance; les sultans sont de plus en plus autonomes : un autre califat s’installe au caire avec un souverain chiite, les guerres entre émirats et sultanats ne sont pas rares, les soulèvements dans les campagnes sont constants, les sectes et déviations religieuses se font jour un peu partout.

de 750 à 991, vingt-cinq califes abbassides se succéderont à bagdad. mais ils gouvernent de moins en moins, soit parce qu’ils sont trop jeunes, soit parce qu’ils sont trop occupés par leurs fêtes, leurs femmes et leur or. c’est donc le grand vizir (souvent ... d’origine iranienne) qui administre le pays à la place du calife, secondé par le responsable de l’armée et le collecteur d’impôt, figure bien impopulaire.

car ne n’est pas seulement l’âge d’or que celui de harûn al-ra-chid, par exemple, promu calife à vingt-trois ans et resté célèbre grâce aux contes des mille et une nuits: c’est aussi celui de la décadence. et c’est sans doute de cette époque que nous vient toute l’imagerie fantaisiste des plaisirs de l’arabie : femmes de harems, toutes plus belles les unes que les autres, gardées par des eunuques; danseuses lascives et charmeurs de serpents, amusant en permanence le calife et sa cour, environnés de parfums subtils; vaisselles en or, bijoux précieux, étoffes soyeuses, dolce vita avant la lettre pour les riches et les puissants! les moeurs persanes ont supplanté celles des arabes. cette vie de luxe, en contradiction avec la loi coranique et terriblement provocatrice pour le peuple asservi et pressuré, ne peut que mener les souverains abbassides à la catastrophe. comment peuvent-ils donner un exemple aussi déplorable, eux qui sont, selon la tradition, les successeurs du prophète? les chiites et les kharidjites ont beau jeu de se soulever. les pauvres et les opprimés trouvent facilement les leaders pour orchestrer leurs révoltes, toujours réprimées dans le sang grâce à l’armée de mercenaires que les califes ont levée pour protéger leur pouvoir.

cette décadence et ce déséquilibre social vont provoquer de nouvelles scissions dans le monde musulman: une révolution réussie rend autonome le bahrein; des royaumes indépendants s’installent en égypte et en syrie avec la dynastie toulounide, puis avec la dynastie bouyde qui «prend» bagdad en 945. d’origine iranienne, les bouyides seront les premiers à adopter pour les souverains le titre de «châhinchâh»; des bandes révolutionnaires harcèlent les califes en place : les karmates, par exemple, auront beaucoup de succès avant d’être finalement vaincus. les coups d’état chiites succèdent aux répressions sunnites, et les victoires aux défaites. la belle organisation unitaire voulue par les premiers califes pour remplacer les tribus et les clans est mise en échec.


6-la fin de l’empire islamique

en europe, les chrétiens, scandalisés que jérusalem soit aux mains des musulmans, poussés par une ferveur populaire peu commune et encouragés par le pape et les rois, organisent les croisades. en 1099, jérusalem est entre leurs mains. (saladin la leur reprendra vers 1187)

c’en est fini de l’empire musulman, rongé de l’intérieur par les luttes incessantes des sectes et des dynasties, morcelé par les ambitions personnelles, démantelé par les conquêtes des envahisseurs. l’ère du califat de bagdad est moribonde: les mongols de gengis-khan, bandes sauvages qui traversent l’orient en détruisant tout sur leur passage, lui donneront le «coup de grâce». bien plus tard, les turcs ottomans se rendent maîtres de constantinople (en 1453), de l’égypte, d’une partie de l’afrique du nord et vont même jusqu’à envahir une partie de l’europe de l’est : ils domineront bientôt toute l’asie mineure, malgré les efforts de tamerlan pour faire l’unification de l’asie pour le compte de l’islam, tandis que les mongols imposeront en inde une civilisation musulmane bien spécifique que seuls les anglais parviendront à entamer trois siècles plus tard.

l’inde s’était trouvée islamisée dès le xie siècle avec la conquête du pendjab par la dynastie ghaznawide, les membres des castes défavorisées et les guerriers voyant dans l’islam un instrument de promotion sociale, élément déterminant de leur conversion. un phénomène semblable se produire au xiiie siècle en indonésie, où la propagation de la religion musulmane fut unanime et foudroyante; une grande partie de l’afrique noire sera également conquise à la religion du prophète.

au xvie siècle, le monde musulman est donc partagé et l’unification n’est plus qu’une utopie. trois grands états se partagent les territoires: les mongols en inde, les souverains selfevides (chiites) en iran, les ôttomans qui règnent sur tout le proche-orient après leur conquête de l’égypte sur les mamlouks.

c’est à partir du xvie siècle que l’on remarque le déclin culturel de la civilisation islamique et la revanche de l’occident, malgré une influence encore considérable. cette perte d’énergie du monde musulman coïncide, il faut bien le dire, avec le formidable effort d’expansion de l’europe.

incapable de progresser et de se structurer à cette période clé de son histoire, l’islam va de plus en plus se laisser envahir par les idées comme par les hommes venus de l’extérieur imposer une administration que les luttes intestines empêchaient de se maintenir et une culture qui allait bien souvent étouffer la spécificité musulmane.

si bien qu’au xviiie siècle, on ne peut plus guère parler de civilisation islamique, tant le destin de l’islam allait échapper à ceux qui en étaient les acteurs. (malfray pp. 54-55)


7-le dix-neuvième et le vingtième siècles.

il est impossible d’envisager l’islam de nos jours sans d’abord remonter au colonialisme du dix-neuvième siècle. a cette époque, les anglais, les français, les hollandais, les russes envahissent littéralement des pays qui, jusque-là, avait eu une autonomie politique certaine et une autonomie religieuse relative.

les français coloniseront l’algérie, la tunisie, le maroc ainsi que, pour un temps, une partie de l’inde. les anglais prendront finalement l’inde ainsi que le soudan et l’égypte. les hollandais s’installeront en indonésie pendant que les russes s’implanteront dans toute l’asie centrale. globalement à cette époque, c’est pratiquement l’ensemble de l’afrique, du moyen-orient et de l’extrême orient qui est sous la domination occidentale. à vrai dire, "seuls l’iran et la turquie gardent leur indépendance." (malfray, p. 122) or, la mentalité coloniale prend comme présupposé qu’un mode de vie différent est nécessairement mauvais. ainsi, dans leurs propres pays, les musulmans se retrouveront étrangers, ridiculisés, dépossédés non seulement de leurs biens mais aussi de leur identité.

la réaction ne se fera pas attendre.


8-répartition des musulmans dans le monde aujourd’hui.

les grandes croyances de l'islam


1-la foi en dieu.

la foi en dieu est le coeur des croyances musulmanes.

ce dieu est le créateur de toutes choses, celui qui est seigneur de l'univers et qui le soutient. il est omniscient (sait tout) et omnipotent (peut tout). il est partout, toujours présent, arbitre par excellence du bien et du mal. par conséquent, dieu est vu en islam comme absolument transcendant mais aussi totalement immanent puisqu'il est près du fidèle, "plus près de l'être humain que la veine de son cou". (grégoire, p. 31). pour le musulman, dieu est donc l'ami fidèle, continuellement auprès de lui, mais aussi le juge de tous.

ce dieu est un (religion monothéiste) et par conséquent le seul à qui l'on doit l'adoration et même s'il a plus qu'un nom (99 noms sont organisés en litanies et servent aux prières), un seul de ces noms résume tous les autres: allah, qui signifie justement "celui-là seul à qui l'on doit adoration" (grégoire, p. 31). le début de la profession de foi musulmane indique bien cela:

la ilaha illallah: il n'y a pas d'autre dieu qu'allah.

déjà, pour les musulmans, le christianisme commet une erreur en divisant dieu en quelque sorte dans une trinité qui, pour eux, frôle l'idolâtrie. l'unité de dieu doit demeurer absolue.

d'ailleurs, la faute la plus grave pour un musulman se situe dans la ligne de ce monothéisme absolu. grégoire explique cela ainsi:

ajoutons enfin que la profession de foi musulmane n'est pas qu'une adhésion intellectuelle à l'idée de l'unicité de dieu. elle est d'abord et surtout une attitude: celle de celui qui reconnaît qu'il n'y a qu'un dieu et s'en remet totalement à lui.


2-la foi aux anges.

si dieu règne sur la terre, il est aussi vrai qu'il règne dans les cieux. pour les musulmans, il existe véritablement un monde invisible. celui-ci est constitué d'un ciel à sept niveaux et d'un enfer à sept niveaux également.

dans le ciel, dieu règne sur un trône au milieu des anges.

les anges sont des êtres faits de lumière, sans sexe et immortels. ils ont été créés après l'humain, la terre, le ciel et l'enfer. il existe de nombreux anges qui ont diverses fonctions. les principaux sont cités par malfray (p.77).


3 la foi aux prophètes.

pour les musulmans, il est nécessaire d'avoir des institutions pour guider les humains dans le droit chemin. laissé à lui-même, l'humain est incapable de trouver seul les réponses aux questions essentielles: qu'est-ce qu'il faut être et faire pour avoir une bonne vie sur la terre et vivre ensuite dans le bonheur et la paix pour l'éternité.

puisque l'humain est incapable de connaître cela par lui-même, c'est à dieu de le lui révéler. pour ce faire, dieu suscite des prophètes.

les prophètes sont des gens que dieu a choisi et avec qui il communique. le contenu de cette communication est la révélation.

pour l'islam, adam, abraham, noé, moïse, david et jésus sont de ces prophètes. ils ont donc été choisis par dieu et ce qu'ils ont dit était la révélation. cependant et comme nous le verrons dans la prochaine partie (4: la foi aux livres), il est difficile de savoir exactement ce qu'ils ont dit puisque cela peut avoir été altéré avec les années.

muhammad est aussi un prophète. il a également été choisi par dieu. cependant, il existe des différences importantes entre les autres prophètes et muhammad. cela est très bien exprimé par grégoire dans le texte suivant: