Home > Bibliothèque > Histoire > L'Islam Plan De L'Ensemble
cette petite phrase allait changer le destin du pieux commerçant mecquois et, avec lui, celui de millions d’hommes dans le monde.
la nuit de la révélation, appelée "nuit de la destinée", a été décrite maintes fois et de plusieurs manières. c’est la nuit du 26 au 27 du neuvième mois de l’année lunaire arabe, le mois de ramadan 612: mahomet a un peu plus de quarante ans. (malfray, p. 33)
cette première révélation ne sera pas la seule et au début, muhammad, essentiellement perturbé par ce qui lui arrive, va jusqu’à se croire fou ou possédé. cependant, appuyé par khadîjâ qui croit en l’origine divine de ces révélations, il prend de l’assurance. khadîjâ jouera d’ailleurs un rôle de premier plan dans cette révélation puisque c’est elle qui encouragera muhammad dans ses moments de découragement et qui le soutiendra tout au long de sa vie.
les révélations s’empileront pour former, au bout de vingt ans, ce que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de coran.
muhammad ne dit pas tout de suite à tout le monde qu’il est investi d’une mission divine. au début, cela se limite à quelques proches et à sa famille.
au début, seule sa femme khadîjâ, sa proche famille et quelques membres du clan ont à connaître la mission qu’allah vient de confier à mahomet et, tant que la voix ne lui en donne pas l’ordre formel, ce dernier, effrayé sans doute par l’importance du message, ne cherche pas à rendre publique son extraordinaire aventure. (malfray, p.34)
pourtant, tout de même assez tôt, la voix dont on dira plus tard que c’est l’ange gabriel, lui ordonne justement d’annoncer la révélation à tous. comme muhammad demeure à la mecque entre ses voyages, c’est là qu’il commencera à prêcher. il se heurte pourtant à beaucoup de résistance. la mecque est un milieu où l’argent et les plaisirs sont plus importants que tout le reste. dans ce contexte, muhammad dérange, bouleverse l’ordre établi, et comme tous ceux qui, avant lui, ont tenté d’apporter un message impliquant un changement radical de conduite, il sera très mal accueilli.
pendant près de dix ans, muhammad prêchera sans relâche à la mecque mais ne réussira qu’à gagner à sa cause des gens qui n’ont rien à y perdre: pauvres et esclaves. seuls quelques personnes importantes se joignent à lui.
aussi les persécutions ne tardent-elles pas à suivre de près les railleries et les critiques. c’est dans une sorte de quarantaine que les premiers musulmans vont vivre avec mahomet: il y a là le converti de la première heure, le fidèle compagnon du prophète, abou bakr, un riche marchand; il y a aussi quelques jeunes gens en révolte contre leur famille et qui voient là une belle occasion de devenir contestataires actifs, des membres exaltés du clan des taym ou de zohra, un esclave affranchi du nom de bilâl, et des membres du clan, dont ali, le fils adoptif d’abou talib, cousin de mahomet: en tout quarante à cinquante fidèles. quelques uns, les plus déshérités, donc les plus persécutés, seront contraints de fuir en abyssinie, dont le négus est catholique et tolérant, lorsque les tracasseries deviendront trop pesantes. (malfray, p. 35)
plus ça va et plus il devient impossible de vivre à la mecque. muhammad est poursuivi par tous, ridiculisé. les plus vulnérables de ses fidèles (ceux qui n’ont pas d’argent), les esclaves, se font assaillir. si muhammad vit quant à lui en relative sécurité, c’est uniquement parce que le clan des haschimites dont il fait partie et dont son oncle est le chef le protège des qoraïchites. il faut mentionner ici en effet que son oncle, bien que sceptique toute sa vie face à l’authenticité du message de muhammad, le protégera tout de même.
au bout de dix ans, muhammad commence à envisager la possibilité d’aller prêcher ailleurs. c’est à cette époque qu’il fera une expérience mystique qui marquera le reste de sa vie et qui fera prendre un tournant différent à la religion islamique. cette expérience est rapportée par la tradition comme le voyage nocturne ou mi’râj. cet épisode important est raconté ainsi par du pasquier:
au cours de cette expérience mystique, le prophète fut d'abord transporté de la "mosquée sacrée", qui est la kaaba de la mecque, à la "mosquée très éloignée", en arabe al-masjid al-àqçâ, qui désigne l’emplacement du temple de jérusalem. puis, à partir du rocher sacré de l’ancien sanctuaire, il fut élevé jusqu’au septième ciel, rencontrant durant son ascension les messagers que dieu avait envoyés sur terre avant lui, notamment abraham (ibrâhîm), moïse (mûsâ) et jésus (îsâ). il accomplit la prière rituelle comme imam devant tous les prophètes, puis se retrouva seul en présence de dieu. ce fut, pour le fondateur de l'islam, la confirmation que sa mission était bien dans la ligne de la grande révélation monothéiste dont elle constituait la synthèse et la conclusion. (du pasquier, p.47)
cet épisode de sa vie va marquer muhammad qui, semble-t-il, prend beaucoup plus d’assurance et devient absolument convaincu que non seulement il est investi d’une mission divine, mais aussi qu’il est le dernier prophète. a partir de lui, tout est accompli, aucune autre révélation ne viendra plus s’y ajouter.
de plus, comme cette révélation s’inscrit dans la lignée de la tradition monothéiste, les juifs et les chrétiens auront toujours une place à part pour l’islam et seront tolérés puisqu’ils adorent le vrai dieu.
muhammad continue ses prédications. il est très impressionné par le fait que la plupart des gens qui se convertissent en l’entendant parler ne sont pas des gens de la mecque. beaucoup, entre autres, viennent d’une ville é-loignée du nom de yathrib.
c’est précisément cette constatation, combinée au fait que malgré la puissance de son clan sa sécurité est de moins en moins assurée à la mecque, qui pousse muhammad à s’installer dans une autre ville.
en 622, année qui deviendra marquante pour les musulmans, muhammad quitte la mecque pour s’installer à yathrib où il connaîtra un tel succès que bientôt la ville même de yathrib sera appelée la "ville du prophète", la "madînat al-nabî", médine. ce voyage de la mecque à médine sera connu dans le monde musulman sous le nom de l’hégire. plus tard, on considérera que l’islam a véritablement commencé à se répandre dans le monde à partir de l’hégire, ce qui est rigoureusement exact, et on situera l’an 1 de l’année musulmane en 622, année de l’hégire.
à médine, muhammad pourra continuer à recevoir ses révélations qui s’étendront encore sur à peu près dix ans, mais il pourra surtout prêcher à des gens ouverts à ce qu’il dit. muhammad aura en outre l’occasion à médine de devenir ce qu’il n’avait pas encore pu être à la mecque, un leader politique respecté.
à médine, aussi, il pourra refaire sa vie sentimentale. il prendra alors au moins neuf femmes et trois ou quatre concubines.
à médine, donc, beaucoup ne tardent pas à se convertir et la deuxième phase de la naissance de l’islam est enclenchée. haï par beaucoup dont les qoraïchites de la mecque, suscitant la méfiance des juifs, muhammad n’a pas réglé le problème de la mecque en déménageant à yathrib. il s’est seulement installé dans une ville plus accueillante. il fait de nombreux disciples mais rien n’arrange sa situation auprès de ceux qui ne l’aiment pas. en 624, muhammad décide que le temps de la jihâd ou guerre sainte est venu. il lève une armée et, plutôt d’attendre que les ennemis prennent l’initiative ou que dieu les détruisent parce qu’ils sont infidèles, muhammad devance tout le monde et à la tête d’une armée composée de presque tous les hommes de médine, commence à multiplier les batailles.
une de ces batailles est restée célèbre. malfray la raconte ainsi:
un jour, désireux sans doute d’en finir, les qoraïchites réunissent tous les hommes de la cité, engagent des mercenaires de tout bord et partent pour médine: ils sont quelque dix mille, et tous bien armés. mahomet a eu vent de l’opération et sur le conseil, dit-on, d’un émigré perse, salmân pak, a fait creuser tout autour de l’oasis un large fossé qui empêche quiconque d’entrer dans l’enceinte de celle-ci... déconcertés, les qoraïchites, sous le commandement de abou sofyân, entament le siège de médine, résistant mal aux tirs de harcèlement des musulmans. le résultat ne tarde pas à consacrer totalement la victoire du prophète, car le siège traîne en longueur et les qoraïchites sont bien obligés de se rendre à l’évidence: on ne peut "prendre" médine, comme ils l’avaient imaginé. si tel est le cas, la preuve est faite: ce mahomet doit bien être un "envoyé de dieu". aussi les mecquois s’en furent-ils comme ils étaient venus, mais profondément ébranlés. (malfray, p.38)
cette bataille, connue sous le nom de "bataille du fossé" aura de grandes conséquences sur l’expansion de l’islam. beaucoup d’indécis se rallieront à la cause de muhammad et les conversions se multiplieront. médine deviendra une ville très importante et enrichie par les prises de guerre. muhammad y régnera en chef spirituel et politique.
autour de 628, muhammad marche sur la mecque et, plutôt que d’envahir la ville, se met à négocier avec les dirigeants. il en arrive à une entente de trêve comprenant entre autres le droit de venir en pèlerinage annuel à la mecque. c’est précisément cette entente qui lui permettra, au moment d’un pèlerinage suivant, d’entrer à la mecque à la tête de dix mille hommes sans qu’aucune résistance ne lui soit opposée. nous sommes en 630. faut-il penser que la révélation qu’apporte muhammad a soudain illuminé tout le monde? malfray voit dans cette attitude plus qu’une ferveur religieuse:
les arabes sont-ils mûrs, cette fois, pour l’islam? sont-ils lassés de cette guerre fratricide? ont-ils compris le message d’allah? ou bien la conjoncture idéologique est-elle plus favorable? il est en effet probable que beaucoup ont saisi, au long de ces années, que mahomet apporte aux arabes une solution aux luttes d’influence des chrétiens et des juifs. il est certain aussi qu’au sein des "grandes puissances" de l’époque, l’arabie du hedjaz ne peut espérer un rôle très important tant que les dissensions internes ne seront pas calmées : mahomet apporte, en quelque sorte, le moyen de donner au peuple arabe une spécificité, à la fois religieuse et philosophique, mais aussi le modèle d’une organisation sociale.(malfray, p.40)
quoiqu’il en soit des raisons de la conversion de l’ensemble des mecquois, il n’en demeure pas moins que tout à coup, l’islam se développe à une vitesse accrue. il ne reste plus à muhammad qu’à organiser comme il l’entend ce qu’on pourrait appeler sa nouvelle ville où par ailleurs il ne restera pas longtemps.
après médine, la mecque devient donc presque totalement musulmane : même abou sofyân, l’un des chefs qoraïchites les plus hostiles à mahomet, se convertit dans les premiers! oh! il y a bien les quelques bavures inévitables, lors de tout changement de régime : représailles et confiscations de biens, exécutions et exils, mais, dans l’ensemble, l’armée de mahomet et la destruction des idoles d’hier à la kaaba sont accueillies avec soulagement.
mahomet ne reste cependant que quelque temps à la mecque : sa vie est à médine. avant de repartir, il se comporte comme le feraient tous les chefs d’état du monde : il reçoit les délégations étrangères, il nomme les responsables religieux et administratifs, il détermine les lieux de culte et les rites obligatoires. il consacre la kaaba comme coeur religieux de l’islam.
bilâl, l’esclave noir affranchi de la première heure, est choisi pour sa belle voix comme muezzin (celui qui fait l’appel à la prière), et l’on décide que les prières auront lieu désormais le visage tourné vers la mecque et non plus vers jérusalem. pendant un an, mahomet organise l’islam, à la mecque et dans les provinces lointaines où il envoie des émissaires chargés de propager la foi et d’effectuer les conversions. mahomet est en relation avec presque tous les chefs d’état du proche et du moyen-orient.
puis, son oeuvre accomplie, le prophète revient à médine. l’empire islamique est né.
à partir de ce moment-là, il ne reste plus d’obstacle majeur à l’expansion de l’islam.
dès lors, plus rien ne l’arrête, et son rayonnement déborde rapidement les frontières; la rédaction du coran est presque achevée, la religion possède à la fois son livre saint, sa tradition et son chef; tout est en place, mahomet peut vieillir en prophète comblé.
et c’est ce qu’il fait. mais il est malade et se sent proche de la fin. en 632, il effectue le pèlerinage à la mecque avec toute sa famille et ses fidèles. lorsqu’il arrive à la kaaba, des milliers et des milliers de croyants attendent son discours. ce sera le dernier, mais aussi le plus riche; celui qui résume à la fois toutes ses directives et celles d’allah. dès lors, tout est dit. a l’âge de soixante ans environ, après une pénible mais rapide maladie, le 8 juin 632 très exactement, mahomet s’éteint auprès de son épouse préférée, aïcha.
le véritable destin de l’islam va s’accomplir.
dès la mort de muhammad va se poser l’épineuse question de sa succession. dans la tradition arabe, il est de mise que le pouvoir se transmette de père en fils, mais muhammad ne laisse aucun fils pour lui succéder.
c’est abû bakr qui prend en main la destinée de l’islam et devient le premier dirigeant, le premier calife. il ne survivra cependant pas longtemps au prophète puisque deux ans plus tard, il meurt. pourtant abû bakr avait pris soin avant de mourir de désigner son successeur. omar prendra donc la relève.
omar régnera sur la communauté une dizaine d’années : c’est lui qui fit recenser le coran, qui fit débuter l’année musulmane à l’an 1 de l’hégire, qui fit adopter le calendrier lunaire et créa l’office de la poste, c’est lui enfin qui, par ses succès militaires, fut le principal artisan de l’expansion foudroyante de l’islam. les conquêtes ont d’ailleurs de quoi surprendre si l’on imagine les troupes musulmanes si mal armées et si peu organisées pour les victoires militaires, plus habituées aux razzias qu’aux combats réguliers; mais il faut se rendre à l’évidence: les combattants d’allah réussirent à s’annexer la syrie après une victoire sur les byzantins à yarmouk, en 634, puis jérusalem, la mésopotamie - terre fertile et largement irriguée, pays très important pour la richesse de l’islam - et, enfin, à vaincre l’ennemi héréditaire : la perse sassanide. ces campagnes étaient considérables dans leur ampleur et leur portée. galvanisés par leur succès, entretenus par leur foi, les musulmans envahirent aussi l’arménie et se rendirent maîtres des plateaux iraniens. (malfray pp. 44-45)
mais des jalousies et des luttes internes rendent difficile l’établissement d’une certaine unité au sein de l’islam. omar est assassiné en 644 et alors que tous pensaient qu’ali, un descendant de muhammad (à la fois son gendre et son cousin germain) du clan des haschimites prendrait la relève, les docteurs de la loi de l’époque nommèrent othman, gendre du prophète mais du clan des omeyades. dès lors, l’islam inaugurait une division interne qui allait bientôt aboutir à un grand schisme.
le califat d’othman fut d’ailleurs marqué par de fréquentes révoltes internes qui, sans empêcher la poursuite de la conquête musulmane de l’afrique et de la turquie, la freina tout de même passablement.
ses opposants, partisans d’ali, finirent par le faire assassiner une douzaine d’années plus tard. en 656, ali devenait le quatrième calife à régner sur l’islam mais son règne fut de courte durée puisqu’un schisme devait marquer à vie la destinée de l’islam. malfray raconte cela ainsi:
le califat d’ali fut le plus difficile des quatre; dès les premières années de son règne, ali se trouva en lutte avec la syrie, dont le cousin d’othman, mo’awiya, était gouverneur. or,ce dernier n’avait qu’une envie: prendre sa place et établir à la tête de l’état islamique les omaayyades au lieu des hachimites. les batailles et les complots se succédèrent donc entre les partisans de chacun, entre les syriens et les arabes d’arabie, les irakiens et les persans, jusqu’à la fameuse bataille décisive de siffîn, en 658.
les combattants étaient face à face et les hostilités commençaient lorsque les troupes de mo’awiya brandirent leurs lances: stupeur chez les adversaires! des feuillets du coran y étaient accrochés... comment combattre des frères ainsi protégés par l’écriture sacrée! c’était impossible... aussi les protagonistes lâchèrent-ils leurs armes et la bataille n’eut pas lieu; on eut recours à un arbitrage.
à la suite de longues tractations, mis en minorité, ali accepta de se soumettre et de laisser sa place de calife à mo’awiya. mais devant cet arbitrage qu’ils considéraient illégal, deux groupes de fidèles, ne pouvant accepter la défaite, firent scission : les kharidjites et les chiites. les kharidjites créaient le premier groupe dissident de l’islam, se considérant comme dépositaires de la légitimité musulmane, puisque dieu n’était pas intervenu dans le pseudo-arbitrage de siffîn. les chiites, de leur côté, regroupaient les partisans d’ali, décidés à rester dans l’opposition pour lutter contre de mo’awiya, rival détesté. ce vaste mouvement, dont le point de départ est la frustration d’ali, fera beaucoup parler de lui dans l’histoire de l’islam et se fixera principalement en iran. l’unité politique de l’islam se trouvait à jamais brisée.(malfray p. 49)
de son côté, mo’awiya ne cesse ses conquêtes. à partir de damas qui a remplacé médine comme capitale de l’islam, il conquiert tout à tour l’afrique du nord, l’espagne, la sicile etc. c’est le début véritable de la dynastie omeyade, celle qui fera de l’islam un grand peuple et une grande nation.
avec les omayyades furent frappées les premières monnaies musulmanes, avec eux les campements des oasis devenaient de véritables villes construites autour des mosquées à l’architecture bien spécifique, autour des marchés et des souks, avec des écoles coraniques et des établissements de bains, avec, aussi, un palais gouvernemental dont l’édification mit en lumière le style musulman.
ce fut le début de la civilisation classique de l’islam. les sciences juridiques et religieuses se développèrent : l’on perfectionna le droit musulman en fonction des coutumes de chaque pays et la suprématie arabe se confirma. c’est sous la dynastie omayyade que l’islam conquit l’afrique du nord, la perse, le turkestan chinois et l’afghanistan, pénétra jusqu’en inde et, surtout, envahit l'europe par l’espagne, remontant - tous les écoliers français le savent - jusqu’à poitiers où, en 732, charles martel et les francs stoppèrent leur avance. mais si la chance sourit alors aux musulmans dans leur politique extérieure, elle ne les favorise guère à l’intérieur : les omayyades subissent l’opposition constante des arabes de médine et de tout le hedjaz, furieux d’avoir laissé déplacer la capitale et le pouvoir jusqu’en syrie. quant aux chiites, partisans d’ali, ils ne laissent pas un instant de répit au calife de damas. (malfray p. 50)