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«Le Messager de Dieu a veillé sur al-Hassan avec ses yeux et son coeur, car il était un morceau de son existence, une brillance de son âme et un portrait qui le décrivait et l'exprimait. Il l'a entouré d'un tel amour et d'une telle tendresse qu'il fut la pureté même, qu'il se dépouilla de toute tendance à la brutalité, que la clémence devint la plus saillante de ses qualités, et la philanthropie le plus sublime de ses sentiments».
M. J. Fadhlallah(31)
Al-Hassan perdit son grand-père à l'âge de 8 ans. Le Prophète (Ç) n'aura donc veillé sur son petit-fils que pendant la phase de sa première enfance. Mais la présence active du Messager tout au long de cette phase importante de son éducation joua un rôle primordial dans la formation de sa forte personnalité, dans la noblesse de son caractère, dans la perfection de sa conduite islamique. En effet, la passion, l'affection et la tendresse presque anachroniques - à l'époque - que le Prophète manifesta envers al-Hassan s'avérèrent être non seulement la simple expression de l'amour naturel d'un grand-père envers son premier "fils" ou descendant, mais elles traduisirent surtout la volonté du Messager d'assurer à ce dernier une éducation exemplaire.
On peut dire à cet égard que bien avant les psychologues et les éducateurs modernes, l'Islam avait attiré l'attention sur l'importance de la phase de la première enfance dans la formation et l'équilibre de la personnalité de l'individu d'une part, sur les besoins affectifs de l'enfant dans cette phase d'autre part. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les hadith du Prophète - et de ses successeurs, les Imams d'Ahl-ul-Bayt - concernant ce sujet, pour s'en convaincre. Mais ce qui nous importe ici, c'est de noter qu'al-Hassan fut le premier enfant à recevoir une éducation islamique parfaite pendant cette phase, puisque c'est le Prophète de l'Islam, lui-même, qui en fixa, orienta et dirigea les grandes lignes.
En effet, lorsqu'on passe en revue les préceptes de l'Islam, relatifs à cette phase de l'éducation de l'enfant, on peut remarquer que trois grandes lignes s'en détachent et que l'application de celles-ci apparaît d'une façon évidente dans le comportement du Prophète (Ç) vis-à-vis de son petit-fils:
1- C'est une phase pendant laquelle l'enfant doit être entouré de tendresse, d'amour, de caresses. En témoigne, entre bien d'autres, cette remarque que le Prophète avait faite à propos d'un bédouin qui se vantait de n'avoir jamais embrassé ses enfants: «Pour moi, dit le Messager, cet homme est au nombre des habitants de l'Enfer»(32) et pour traduire sa parole en acte, on a vu combien le Prophète s'attachait à caresser et à embrasser al-Hassan chaque fois qu'il se trouvait en sa présence.
2- C'est une phase de jeu pendant laquelle l'enfant doit être encouragé dans son désir naturel de jouer. Le Prophète dit à ce propos: «Celui qui a un enfant doit rajeunir pour lui».(33) Et passant de la parole à l'acte, le Prophète, comme nous l'avons vu, n'hésitait pas à tirer la langue ou jouer au chameau pour amuser al-Hassan.
3- C'est une phase pendant laquelle il convient d'éviter autant que possible de contrarier l'enfant dans ses désirs innocents par souci de lui apprendre la bienséance. En effet le Prophète dit à cet égard: «L'enfant est maître(34) pendant les sept premières années (de sa vie) et esclave(35) pendant les sept années suivantes».(36)
Là encore nous retrouvons l'application parfaite du premier terme de ce principe dans la conduite du Prophète lui-même vis-à-vis de son petit-fils, puisqu'il refusait qu'on empêche ce dernier de monter sur son dos pendant qu'il priait, ou de venir s'asseoir sur ses genoux pendant qu'il prêchait en séance publique.
Mais si l'enfant n'est pas particulièrement disposé à recevoir des instructions pendant cette phase, il est en revanche très réceptif aux gestes, aux paroles et à la conduite de ceux qui savent le couver de leur amour et de leur tendresse. Rien de plus normal dès lors de remarquer combien (la conduite d'al-Hassan) et ses traits de caractère étaient imprégnés des traces de son grand-père et combien il se montrera attaché aux souvenirs du Prophète, gravés dans sa mémoire, tout au long de sa vie.
Les références fréquentes au Prophète («mon grand-père, le Messager de Dieu a dit ceci..., mon grand-père le Messager de Dieu a dit cela...») dont il ponctuait toujours ses paroles et ses actes sont à cet égard très significatives.
A côté des qualités morales qu'il a reçues du Prophète pendant sa première enfance, al-Hassan tenait également de son grand-père, par l'hérédité, ses principaux traits physiques. Ainsi ayant cumulé par l'hérédité et l'éducation la plupart des caractères physiques et moraux de son grand-père, sa personne et sa personnalité présentaient aux Compagnons et aux Musulmans l'image vivante du Prophète. Cette image en dit assez sur la position dont il jouira auprès de la Ummah pour le restant de sa vie. Les quelques témoignages suivants nous permettent de nous faire une idée plus concrète de cette image et de cette position:
Selon al-Ghazâlî (dans Al-Ahyâ')(37):
«Le Prophète (Ç) dit à al-Hassan: "Tu me ressembles dans la création et les caractères"».
Selon al-Mufîd (dans Al-Irchâd)(38):
«Al-Hassan ressemblait plus que quiconque dans la création, la physionomie, la conduite et la grandeur, au Prophète».
Selon Ibn Mâlik(39):
«Personne ne ressemblait autant qu'al-Hassan Ibn 'Alî au Messager de Dieu».
Selon al-Madâ'inî(40):
«Al-Hassan Ibn 'Alî, fils aîné de 'Alî était un Sayyed (noble descendant du Prophète; seigneur), généreux et clément; le Messager de Dieu l'aimait beaucoup».
Selon Ibn Hajar al-Haythami (dans ses Çawâ'iq)(41):
«Al-Hassan (paix soit sur lui) était un Sayyed généreux, clément, doux, prestigieux, respectable, d'une grande largesse et très loué».
Selon Wâçil ibn 'Atâ(42):
«Al-Hassan Ibn 'Alî avait les traits du Prophète et le prestige des rois».
Selon Al-Tabarsi(43) (dans "'Alâm al-Warâ"):
«Personne après le Prophète n'a atteint le degré d'honorabilité qu'avait atteint al-Hassan Ibn 'Alî: lorsqu'il se trouvait à la porte de sa maison, le passage s'interrompait et personne n'osait plus passer devant lui. Al-Hassan constatant cela, rentrait à la maison, et les gens reprenaient leur chemin».
Et (Al-Tabarsi) d'ajouter(44): Mahommad Ibn Is-hâq raconte:
«Je l'ai vu un jour sur la route de la Mecque. Lorsqu'il descendit de sa monture et se mit en marche, personne ne manquait de lui emboîter le pas. J'ai vu même Sa'ad Ibn Abi Waqqaç(45) descendre de sa monture et marcher à ses côtés.»
Ce même Is-hâq nous laisse deviner par un autre témoignage combien la personnalité d'al-Hassan était charismatique:
«De tous ceux qui prenaient la parole chez moi, personne ne suscitait en moi autant qu'al-Hassan Ibn 'Alî le plaisir de l'écouter et le désir de le laisser parler indéfiniment. Jamais je ne l'ai entendu prononcer un mot grossier».(46)
C'était aussi une personnalité qui commandait le respect des plus notables des Compagnons du Prophète, puisque même Ibn 'Abbas ce vieux Compagnon qui se détachait par son prestige et sa position privilégiée auprès du Prophète, n'hésitait pas à tenir l'étrier pour l'Imam al-Hassan lorsque celui-ci voulait enfourcher sa monture.(47)
Et lorsqu'on sait qu'Abou Hurayrah lui-même s'adressait à al-Hassan par le titre: "Mon Maître" malgré la grande différence d'âge qui séparait le Compagnon et le petit-fils du Prophète, on comprend combien le premier fils de "la Maison du Message", était révéré par la Ummah.
Il reste à noter que le respect qu'inspirait la personnalité d'al-Hassan se trouvait renforcé par le prestige de l'ensemble de son ascendance. Le second Calife-Bien-Dirigé, 'Omar Ibn al-Khattab lui-même, nous apprend que personne, même pas son propre fils, ne pourrait se mesurer à al-Hassan, quant à la noblesse de son ascendance.
En effet, selon certains récits un jour, distribuant des allocations aux Musulmans, 'Omar Ibn al-Khattab donna à al-Hassan et à son frère al-Hussayn, chacun 10,000 dirhams, alors qu'il n'attribua à son fils 'Abdullah, que mille dirhams; ce dernier se sentant lésé, dit à son père avec amertume:
«Tu connais mon ancienneté dans l'Islam... Comment as-tu donc pu préférer à moi ces deux garçons?» Sans tarder, son père répliqua avec colère: «Malheur à toi, ô 'Abdullah! Peux-tu prétendre à un grand-père comme le leur, un père comme le leur, un oncle maternel comme le leur, une tante maternelle comme la leur, un oncle paternel comme le leur, une tante paternelle comme la leur?! Leur grand-père est le Messager de Dieu! Leur père est 'Alî, leur mère est Fâtimah, leur grand-mère est Khadijah, leur oncle maternel est Ibrâhim, leurs tantes maternelles sont Zaynab, Ruqayyah et Om Kalthûm, leur oncle paternel est Ja'far Ibn Abî Tâlib, leur tante paternelle est Om Hâni, fille d'Abou Tâlib».(48)
En outre, si les premiers Compagnons du Prophète tenaient son petit-fils en si haute estime c'est parce qu'ils savaient que ce dernier faisait partie des rares privilégiés dont la vertu et la pureté sont attestées même dans le noble Coran, lequel est la constitution de la Ummah. En effet selon un hadith authentique et sain (rapporté entre bien d'autres par: Muslim dans son "Çahih", al-Tarmidi dans son "Çahih", al-Nissâ'ï dans "Al-Khaçâ'iç", al-Tabari dans son "Tafsir")(49):
«Le Prophète a couvert un jour 'Alî(50), Fâtimah(51), al-Hassan et al-Hussayn d'un voile et dit:
"Ô mon Dieu! Ce sont les gens de ma maison! Eloigne donc d'eux la souillure et purifie-les totalement". Et c'est pour exaucer cette prière du Prophète que Dieu descendit le fameux "Verset de Purification" annonçant la pureté des Ahl-ul-Bayt (les Gens de la Maison) et leur dépouillement de toute souillure:
«Ô vous, les Gens de la Maison (Ahl-ul-Bayt)! Dieu veut éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement». (Sourate Al-Qhzâb, 33: 33)
Selon al-Samhoudî(52) et selon l'imam Ahmad Ibn Hanbal (citant Anas)(53): «le Prophète venait chaque matin à la porte de 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn, et, tenant les deux poteaux (de la porte), il s'écriait trois fois "à la Prière", et de réciter ce Verset coranique (précité)».
Il y a un autre Verset coranique qui atteste de la place privilégiée de l'Imam al-Hassan auprès de Dieu: il s'agit du Verset de Mubâhalah:
«Si quelqu'un te contredit après ce que tu as reçu en fait de science, dis: "Venez! Appelons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nous-mêmes et vous mêmes: nous ferons alors une exécration réciproque en appelant une malédiction de Dieu sur les menteurs"». (Sourate, Âle 'Imrân, 3: 61)
Les interprètes du Coran affirment que ce Verset fut révélé lorsque, les chefs chrétiens de l'église de Najrân ayant engagé une discussion avec le Prophète sur la religion, s'entêtèrent à récuser ses arguments irréfutables. Selon al-Baydhâwi al-Sinni al-Ach'ari(54) interprétant ce Verset:
«Le Prophète portant al-Hussayn, tenant la main d'al-Hassan et laissant Fâtimah marcher derrière lui et 'Alî derrière elle, leur dit: "Si je prie dites: Âmen". Observant cette scène, l'archevêque des Chrétiens s'écria: "Ô Chrétiens! Je vois des visages qui, s'ils demandent à Dieu de déplacer une montagne, il le fera. N'invoquez donc pas l'exécration, sinon vous périrez tous". Aussi consentirent-ils à payer le tribut légal au Prophète...».
Dans ce Verset, comme on le remarque, al-Hassan et al-Hussayn sont désignés par "nos fils", le Prophète et 'Alî par "nous-mêmes" et Fâtimah par "nos femmes", celle-ci étant considérée comme la représentante de toutes les femmes Musulmanes.
Al-Hassan doit cette personnalité prestigieuse et cette place privilégiée auprès de la Ummah non seulement à l'apport éducatif direct du Prophète, limité aux sept premières années de sa vie, mais aussi et surtout à la continuité de cet apport, continuité assurée par la présence de l'Imam 'Alî à ses côtés durant toutes les phases de développement de sa personnalité.
Si dans la phase de la première enfance d'al-Hassan - où l'éducation consiste en un milieu sain et un climat d'amour, de tendresse et de tolérance dans lequel évolue l'enfant - le Prophète (Ç) et Fâtimah al-Zahrâ' formaient avec l'Imam 'Alî ce milieu et assuraient ce climat; à partir de sa seconde enfance qui coïncida avec le décès de son grand-père et de sa mère (à huit mois d'intervalle)(55) et où commencent les phases de l'apprentissage et de l'acquisition des connaissances(56), l'Imam 'Alî deviendra son principal maître et éducateur et veillera sur sa formation et sur le perfectionnement de sa personnalité et de son expérience jusqu'à l'âge de 37 ans.(57)
Or, quel meilleur maître et quel meilleur continuateur de l'oeuvre éducative du Prophète que celui dont le Messager de Dieu (Ç) dit: «Je suis la cité du savoir, 'Alî en est la porte», celui qui fut éduqué lui-même par le Prophète et dans la "Maison de la Révélation", celui enfin à qui ce dernier "n'avait rien à cacher des secrets du Message": «Vous connaissez ma proche parenté avec le Messager et ma position particulière auprès de lui», rappela l'Imam 'Alî un jour:
«Il me mettait dans son giron lorsque j'étais tout petit. Il me serrait contre sa poitrine, m'entourait dans son lit, me faisant toucher son corps et sentir son odeur. Il mâchait les aliments avant de me les mettre dans la bouche. Il ne m'a jamais entendu mentir, ni ne m'a jamais vu commettre une faute dans mes actes. Chaque jour il m'apprenait davantage de sa morale et m'ordonnait de suivre son exemple. Chaque année il m'amenait à Herâ'(58), où je le voyais alors que personne d'autre n'avait ce privilège. En ces temps-là, l'Islam réunissait sous un même toit, le Messager, Khadijah et moi le troisième. J'y voyais la lumière de la Révélation et du Prophète, et j'y sentais le souffle de la Prophétie».(59)
II n'y aura donc aucune rupture dans l'éducation prophétique de l'Imam al-Hassan après le décès de son grand-père. Ce que le Prophète n'a pas eu le temps d'achever (dans l'éducation d'al-Hassan) l'Imam 'Alî le fera avec d'autant plus de compétence et de pertinence qu'il avait été lui-même éduqué et formé par le Messager et qu'il avait acquis son savoir sous sa direction.
Ainsi, "l'esprit du Message" et "le souffle du Prophète" continueront d'enrichir la personnalité d'al-Hassan et de perfectionner sa formation en vue d'assurer la succession de la Direction de la Ummah après la mort de l'Imam 'Alî.
Entre la mort du Prophète et celle de l'Imam 'Alî, une trentaine d'années s'écouleront pendant lesquelles l'Imam al-Hassan restera toujours présent aux côtés de ce dernier sur l'avant-scène de la direction de l'Etat islamique, et aura de ce fait toutes les occasions de puiser dans l'immense savoir islamique de son père, de manifester ses qualités transmises par le Prophète ou acquises auprès de son père, et d'être rompu aux affaires de la direction de l'Etat islamique.
Sous le Califat d'Abou Bakr et de 'Omar
Sous le Califat d'Abou Bakr et de 'Omar, où al-Hassan traverse sa seconde enfance et son adolescence, les historiens passent souvent sous silence les rapports entre ces deux grands Compagnons et le petit-fils du Prophète. Toutefois comme nous avons déjà pu l'apercevoir ça et là, aussi bien le premier que le second Califes-Bien-Dirigés ont à diverses occasions exprimé leur estime pour celui qui évoquait chez eux le souvenir du Prophète, et rappelé à la Ummah la place privilégiée qu'il occupait auprès du Messager de Dieu.
C'est surtout à partir du Califat de 'Othman qu'al-Hassan, déjà mature et dépassant la vingtaine, commence à donner la mesure de sa personnalité et à présenter les signes d'un futur digne successeur du Messager. Jour après jour, les principes et les qualités que lui avaient transmis et inculqués son grand-père et son père devenaient plus évidents.
Auréolé du prestige du Prophète et imprégné du savoir, de l'éloquence et du courage de l'Imam 'Alî, il conquit vite une place de choix dans les premiers rangs des compagnons et des grandes figures de la Ummah. Grand connaisseur de la Chari'a, esprit judicieux, combattant et défenseur intransigeant de l'intégrité du message et de la Sunna du Prophète, il participa par ses actes et ses opinions aux affaires de l'Etat islamique et à la défense de son unité et de son intégralité.
S'il fut souvent présent dans les séances du Calife, il ne manqua pas de s'engager dans les armées islamiques qui s'apprêtaient à traverser le Maghreb et la lointaine Afrique pour le besoin de la cause islamique.
A diverses occasions, l'Imam al-Hassan montra en présence de 'Othman et de hauts dignitaires de la Ummah qu'il était un homme d'ijtihâd (jugement personnel déduit des préceptes de la Chari'a) et qu'il avait son mot à dire concernant les grandes affaires de l'Etat islamique. Aussi n'hésitait-il pas à dire son mécontentement de certains de l'entourage du Calife, tels les ex-Tulaqâ' qui passaient souvent outre aux règles de la Chari'a.
Mais ce souci de préserver l'expérience de tout ce qui constituerait un accroc à la morale islamique n'empêchait pas al-Hassan de manifester, sous l'impulsion de son père, et dès les premières années de sa maturité, un autre souci majeur: sauvegarder l'unité de l'Islam.
Aussi son mécontentement à l'égard de l'entourage de 'Othman ne le détourna-t-il pas de son devoir de défendre ce dernier, Calife officiel des Musulmans et symbole de leur unité, et de se tenir à ses côtés, prêt à se sacrifier pour le protéger contre les masses des contestataires qui, exaspérés par la corruption prolongée du gouvernement, s'apprêtaient à attenter à sa vie.
Ainsi, dès la première heure où s'est déclenchée l'émeute qui allait déboucher sur l'assassinat de 'Othman, al-Hassan fut parmi les rares médinois qui se sont battus contre les rebelles.
Lorsque, par la suite, 'Othman se voyant assiégé, écrit à l'Imam 'Alî pour l'informer de la gravité de sa situation, celui-ci malgré sa brouille avec le Calife, dépêcha al-Hassan à la tête d'un groupe de ses partisans et proches, avec armes et munitions, en leur demandant de garder la maison du Calife.
Et s'adressant à ses deux fils, il leur dit: «Prenez vos épées et tenez-vous près de la porte de la maison de 'Othman. Empêchez quiconque de l'atteindre».(60) Ainsi, al-Hassan et les siens furent là encore les premiers à venir au secours du Calife assiégé lorsque le danger commençait à se préciser.
Cette attitude suscita la gêne de quelques Compagnons restés les bras croisés et conduisit certains d'entre eux, tels Talhah et al-Zubayr, à mobiliser leurs fils, pour ne pas être accusés de manquement à la solidarité.
Paré de son épée et de tout un équipement de guerrier, al-Hassan entra chez 'Othman et lui fit savoir sa détermination à le défendre jusqu'au bout. Ce dernier, touché par cette bonne intention, protesta: «Non, rentre chez toi! J'attends que Dieu décide de mon sort».
Mais ayant reçu de son père l'ordre formel de ne quitter 'Othman sous aucun prétexte, al-Hassan se tourna vers les assiégeants et chargea avec ses compagnons pour les disperser.
Le Calife toujours soucieux de ne pas mettre en danger la vie de ses défenseurs cria à leur adresse: «Par Dieu, par Dieu! Vous êtes dégagés de l'obligation de me soutenir. Celui qui croit me devoir obéissance, doit rester chez lui, car les gens en veulent à moi personnellement».
Et voyant al-Hassan s'acharner contre les rebelles malgré sa blessure, il le supplia: «Ô neveu! Ton père doit être en plein chagrin. Je t'adjure d'abandonner ...».
Dans le camp des révoltés les flèches des combattants en colère continuaient à se diriger en direction de la maison de 'Othman. Les assiégeants ayant remarqué la blessure du petit-fils du Prophète et craint par conséquent que cela ne provoque la mobilisation générale des Banî Hâchim(61) s'éloignèrent momentanément.
Le Calife pour sa part resta à la maison et continua à adjurer la poignée d'hommes venus à son secours de se retirer, ce que la plupart d'entre eux finirent par faire. Quant à al-Hassan, ni sa blessure ni les adjurations de 'Othman ne purent entamer sa détermination de veiller à la sécurité du Calife.
Aussi resta-t-il avec quelques autres notables devant la porte du Calife pour barrer la route aux rebelles. Ceux-ci appréhendant un affrontement généralisé avec les Hâchimites, finirent par contourner la maison de 'Othman pour éviter un accrochage risqué avec les défenseurs du Calife, et la pénétrèrent en l'escaladant.
Lorsqu'al-Hassan et son frère, se rendant compte de la manoeuvre des assaillants, se précipitèrent à l'intérieur de la maison califale, ils furent consternés en trouvant 'Othman déjà assassiné.