Home  > Bibliothèque > Histoire > Othman, Le Troisieme Calife

back page


la part de `Âyechah dans l'incitation au mauvais traitement réservé à `othmân

Âyechah participa avec zèle à l'excitation du mécontentement et incita les insurgés à considérer `othmân comme apostat . elle l'accusa d'avoir détourné l'argent public au bénéfice de ses proches parents et d'avoir disposé du trésor public comme s'il était le sien. elle le maudit comme étant privé des bénédictions de dieu pour avoir laissé les gens à la merci de ses proches parents païens auxquels il avait confié le commandement des populations pour régner sur elles comme maîtres absolus. elle dit que si elle n'avait pas été musulmane, elle aurait voulu le voir égorgé comme un chameau. en entendant ces propos, `othmân, voulant lui rendre la monnaie de sa pièce, récita le verset 10 de la sourate al-tahrîm (qui fait allusion à la trahison de `Âyechah et hafçah) : "dieu a proposé en exemple aux incrédules la femme de noé et la femme de loth. elles vivaient toutes deux sous l'autorité de deux hommes justes d'entre nos serviteurs; elles les trahirent mais cela ne leur servit en rien contre dieu. on leur dit : "entrez toutes deux dans le feu avec ceux qui y pénètrent". elle ameuta les mécontents contre `othmân en disant que les chemises qui enveloppaient le corps du prophète n'avaient pas encore changé de couleur que déjà ses articles de foi avaient été faussés et traités comme lettres mortes par `othmân.

etant donné que la saison du hajj approchait, et que `Âyechah voulait partir en pèlerinage, elle paracheva sa participation dans le meurtre du calife en ameutant les insurgés et en leur disant continuellement : "tuez ce vieux magicien ! que dieu le tue !" lorsqu'elle prit la route vers la mecque, marwân lui dit qu'elle se dégageait des conspirateurs après leur avoir commandé de supprimer le calife. elle rétorqua qu'elle aurait aimé le voir pendu par le cou, enfermé dans un sac et traîné jusqu'à la mer rouge. simon ockley écrit dans "history of the saracens" : "`Âyechah, la veuve de mohammad, était l'ennemi mortel de `othmân. toutefois, il aurait certainement mieux valu à une personne qui prétendait être la femme d'un prophète inspiré de passer les jours de son veuvage dans la dévotion et les bonnes actions plutôt que dans la méchanceté et en infraction avec l'état. mais elle était si engagée aux côtés de talhah et du fils d'al-zubayr, qu'elle voulait faire accéder au califat, qu'aucune considération de vertu ou de décence ne pouvait la retenir de faire tout ce qui était en son pouvoir pour comploter en vue de la mort de `othmân".


l'attitude violente contre `othmân

le palais de `othmân fut encerclé par les insurgés, mais pendant plusieurs semaines le calife put sortir pour conduire les prières habituelles dans la mosquée. les insurgés eux aussi assistaient avec les autres fidèles aux prières. mais un jour, ils jetèrent de la poussière sur le visage de `othmân. le vendredi suivant, une fois la prière terminée, `othmân monta sur la chaire, appela tout d'abord les priants à un meilleur sens civique, et se tournant ensuite vers les insurgés, il dit à leur adresse : "le prophète a maudit les gens qui se rebellent contre le calife (le successeur) et le lieutenant du prophète, et le peuple de médine condamne cette attitude illégale". il leur conseilla de se repentir de leurs mauvaises actions et de les expier en faisant le bien. ce sermon souleva tout de suite un tumulte et les gens jetèrent des pierres en direction du calife, dont l'une atteignit `othmân et le fit tomber de sa chaire par terre, il perdit connaissance, mais sans être grièvement atteint, puisqu'il put résider pendant quelques jours encore aux prières.

a une autre occasion, alors que le calife s'adressait à l'assemblée des priants à la mosquée sur le même ton en s'appuyant sur le bâton du prophète (une relique sacrée passée du prophète à ses successeurs), un arabe prit le bâton et le brisa sur la tête de `othmân.


le blocus du palais de ‘othmân

l'attitude violente de la bande d'émeutiers obligea `othmân à s'enfermer dans son palais, et un blocus s'ensuivit. l'entrée du palais, où une garde d'hommes armés avait été postée par `othmân, restait toutefois en sûreté. etant donné que la saison du hajj (pèlerinage) était toute proche, les amis de `othmân lui conseillèrent de partir en pèlerinage à la mecque afin que la piété de cet acte, l'inviolabilité sacrée de l'habit de pèlerin, et l'immunité des mois de trêve fussent une source de protection pour lui, mais il rejeta le conseil, et montant sur le toit de son palais, il appela `abdullâh, le fils de `abbâs, qui faisait partie de la garde de la porte, et lui ordonna de conduire les rites de pèlerinage à la mecque. ce dernier s'exécuta et se dirigea vers la mecque.

dès que `othmân fut convaincu que les rebelles étaient prêts à aller jusqu'au bout comme ils l'avaient déjà montré, il envoya des messages d'appel au secours à mu`âwiyeh en syrie, `abdullâh b. `Âmir à basrah et `abdullâh b. abî sarh en egypte, et il expédia une lettre à ibn `abbâs pour qu'il en fasse la lecture aux pèlerins et qu'il se dépêche à son secours.


la collusion de talhah avec les insurgés

talhah pressait les insurgés de renforcer le blocus du palais afin que les privations dues au siège se fassent sentir plus durement aux assiégés. `othmân, qui écoutait parfois de l'intérieur du palais ce qui se disait parmi les assiégeants à l'extérieur, entendit cette demande de talhah. il fut étonné de voir talhah vraiment de collusion avec les insurgés, et il le maudit pour ses buts ambitieux. les insurgés renforcèrent donc vigoureusement le blocus et toutes les approches du palais furent interdites, ne laissant ouverts aucune sortie et aucun accès. l'approvisionnement du palais en eau fut coupé et la pénurie pesait de plus en plus lourd sur les assiégés. lorsque `othmân constata qu'il était réduit à ce point aux abois, il fit appel à `alî et lui demanda de venir à son secours. selon certains historiens, `alî réprimanda les insurgés pour avoir coupé l'approvisionnement en eau, et envoya ses fils, al-hassan et al-hussayn avec quelques outres pleines d'eau au palais de `othmân. les insurgés, respectueux de la mémoire du prophète qui avait caressé ces deux enfants (devenus maintenant de jeunes hommes) dans son giron de longues années, les laissèrent entrer sans les toucher, et l'eau parvint ainsi à `othmân et à tous ceux qui étaient enfermés avec lui.

craignant, au vu de la férocité avec laquelle son palais était mis sous pression, que sa fin ne fût très proche, `othmân, du toit en terrasse de son palais, fit les salutations usuelles préparatoires à une ouverture de dialogue avec les insurgés en contrebas, mais personne ne répondit à la salutation. il demanda alors si talhah se trouvait parmi eux. ayant reçu une réponse affirmative de talhah lui-même, le calife lui reprocha de n'avoir pas répondu à sa salutation, ce à quoi, talhah rétorqua qu'il avait répondu, mais que sa voix n'était pas parvenue jusqu'à ses oreilles. puis `othmân demanda si al-zubayr et sa`d ibn abî waqqâç étaient aussi parmi eux. tous deux firent entendre leur voix. le calife s'adressa alors à eux dans les termes suivants que nous résume sir w. muir : "mes compatriotes. j'ai prié dieu qu'il remette le califat à qui le mériterait". ensuite il parla de sa vie passée et dit comment le seigneur avait fait de lui le successeur de son prophète, et le commandeur des croyants. et d'ajouter : "maintenant vous vous êtes soulevés pour assassiner l'élu du seigneur. attention, vous les hommes ! (en s'adressant aux assiégeants). oter la vie à quelqu'un n'est légal que sous trois conditions : qu'il soit apostat, meurtrier ou adultère. prendre ma vie sans ces conditions, c'est poser l'épée sur vos propres nuques. la sédition et l'effusion de sang ne vous quitteront jamais". les insurgés l'avaient écouté jusqu'au bout, et à la fin ils crièrent qu'il y avait une quatrième raison qui justifiait l'exécution de quelqu'un, à savoir l'étouffement de la vérité par l'iniquité, et du droit par la violence, et que, en raison de son impiété et de sa tyrannie, il devait abdiquer ou mourir. sur le moment `othmân resta silencieux. puis, se levant calmement, il ordonna aux gens de retourner chez eux, et il repartit vers sa môme demeure avec un faible espoir de soulagement. selon certaines traditions, `othmân décida `alî à lui obtenir une trêve de trois jours sous prétexte de vouloir faire parvenir aux gouverneurs des ordres de réforme de l'administration, alors qu'il consacra traîtreusement ce délai à renforcer ses positions défensives et, le délai expiré, il présenta comme excuse à l'absence de réformes le trop bref délai (muir's annals, pp. 335-336).


l'assassinat de `othmân

le siège avait duré quarante jours. après le premier soulèvement, `othmân avait continué à présider aux prières pendant plus de trois semaines, et par la suite, il s'était enfermé dans son palais en raison de l'attitude violente des insurgés et du renforcement de l'encerclement. les nouvelles parvenues aux insurgés, et faisant état de la demande de secours envoyée par le calife aux provinces, doublées de l'incident ci-dessus relaté, poussèrent les rebelles à précipiter les choses afin de terminer leurs opérations. selon major price : "pendant le siège, l'un des compagnons du prophète s'avança et demanda que `othmân apparaisse sur la terrasse, car il avait quelque chose à son avantage qu'il voulait lui communiquer. le calife consentit et la conférence fut ouverte. alors, l'un des assiégés sortit subitement son arc et tira à partir de l'un des remparts du palais, tuant le conseiller officieux sur-le-champ. les assiégeants se mirent à vociférer et exigèrent que le meurtrier leur fût livré, mais `othmân refusa fermement, déclarant que ceux dont le seul crime était le loyalisme et la dévotion ne devaient jamais subir une punition. mais l'issue de l'épreuve de force fut considérablement hâtée par cet acte de trahison gratuit. les assaillants mirent donc le feu aux entrées du palais et firent irruption avec férocité à travers les portes en passant par les toits à terrasse.

d'un autre côté, marwân et sa`îd ibn al-`Âç, à la tête de cinq cents soldats, s'étaient préparés à faire l'accueil qui convenait aux rebelles. le vieux calife s'efforça de dissuader ses partisans de toute résistance inutile. entre-temps, les insurgés avaient frayé leur chemin à l'intérieur du palais, et une courte et sanglante épreuve de force s'engagea dans les cours. marwân, qui était debout et bien en évidence à la tête de ses hommes, reçut un coup de cimeterre qui lui fit perdre conscience, alors que sa`îd fut obligé, peu après, par une blessure de quitter cette scène de sang et d'outrage. le combat faisait néanmoins rage avec la même férocité jusqu'à ce que mohammad, le fils d'abû bakr, pénétrant dans l'appartement où `othmân était assis, les yeux fixés intentionnellement sur les pages sacrées du coran. il saisit son souverain par la barbe, mais `othmân ayant évoqué la mémoire de son père, il se retira sans lui faire plus de mal. kinânah, le fils de bochr, entra par la suite dans la chambre et s'apprêtait à le frapper, mais plusieurs autres y firent irruption avec des épées nues et firent couler le premier sang du monarque sans défense. nâ'ilah, la femme de `othmân, se jeta sur son mari et s'efforça de parer les coups de cimeterre, mais dans ces efforts de tendresse elle perdit les doigts de la main et le malheureux calife expira bientôt sous les coups incessants. trois jours s'écoulèrent avant que les meurtriers n'autorisent l'inhumation de son corps. c'est grâce à l'intercession de `alî que cette autorisation fut obtenue finalement. et ayant placé son corps sur l'une des portes du palais qu'ils arrachèrent et utilisèrent en guise de civière, ils enfouirent ses restes mutilés dans un recoin, entre la fosse commune de médine et celle des juifs, trois hommes des ançâr ayant insisté pour que son corps ne soit pas laissé parmi ceux des vrais croyants. toutefois, plus tard, mu`âwiyeh transférera le tombeau dans le cimetière musulman.

`othmân fut assassiné à l'âge de quatre-vingt-deux ans, le 18 thilhajh, 35 a.h., après avoir régné pendant onze ans, onze mois et quatorze jours.


salmân al-fârecî

a la fin du règne de othmân, au cours de l'année 35 a.h., salmân al-fârecî, qui était reconnu comme un membre de la famille du prophète, mourut à l'âge de deux cent cinquante ou (selon certaines sources) de trois cent cinquante ans.

back page