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RACONTE ...

Sayyed Hassan Nasrallah

Magazine - 28 Novembre 1997

 

 

C’est une expérience toute nouvelle pour lui … et un scoop pour Magazine: C’est la première fois que Sayyed HASSAN NASRALLAH, secrétaire général du HIZBOLLAH, consent à parler de sa vie, accepte de ne pas entièrement faire corps, dans un propos destiné au public, avec son mouvement , ses idees , sa cause, sa lutte . et sa politique .

Après un parcours entouré de mystère et une fouille sérieuse, le courant est passé entre le Photographe et son hôte.

Les gens

Harismatique, cet homme a une âme trempée dans l’acier . Ils s’accomode facilement d’une menace constante qui aurait détraqué les nerfs de tout citoyen ordinaire : à tout moment , il le sait , Israël peut tenter de le liquider, lui et les siens, sa femme et leurs enfants, au besoin en bombardant sa demeure ou en l’arrosant de balles sur une route perdue, comme ce fut le cas pour son prédesseur,Sayyed Abbas Moussaoui … Moralement très fort , Sayyed Hassan Nasrallah a réagi à la mort de son fils aîné Hadi, tué dans un accrochage avec les Israéliens,en père heureux que son enfant ait eu la grâce du martyre qui ouvre au croyant les portes du paradis .

On l’a bien vu à la télévision : C’était des félicitations qu’il voulait recevoir, pas des condoléances, et il n’a manifesté aucun des signes habituels du deuil .Une attitude qui, selon ses proches, n’est en rien apprêtée : la foi de l’homme est si forte qu’en apprenant qu’on avait perdu la trace de Hadi il n’a pas bronché, accueillant la nouvelle comme si elle était commune … Hadi, qui combattait depuis quelque temps dans les rangs de la Résistance islamique, était exposé. Son père pense que c’est un grand honneur,sur le plan humain, qu’il soit tombé au champ d’honneur face à l’ennemi.

Mais il est surtout heureux que Hadi ait eu la bénédiction du martyre.Qu’on ne s’y Trompe pourtant pas : le graçon lui manque, <<sinon je ne serais pas un père >> .

IL lui vient des envies de le revoir, des regrets de tendresse paternelle, mais il se replonge dans sa foi pour se redire qu’un jour ils se rejoindront auprès du très Haut et par sa grâce …

Toujours est- il qu’à l’ombre de la menace israélienne qui le prendrait pour cible comme de l’occupation que subit le pays et contre laquelle lutte le Hizbollah, tout ce qui se rapporte à la personne du secrétaire général prend un caractère d’exception au sein du mouvement . Pour des raisons de sécurité, aussi bien politique que physique du reste,la procédure pour le rencontrer et la nature même d’une interview impliquant des questions sur les détails de la vie quotidienne sont plus difficiles que pour un autre.

Il n’est ainsi pas question de dévoiler le lieu de la rencontre ni le moment où elle a pu avoir lieu . Il n’est pas question non plus de décrire sa maison ou son bureau, si tant est qu’on soit autorisé à les visiter. Un souci de prudence tout à fait compréhensible et que, bien entendu, nous respectons totalement.

On s’en doute quant on le voit à la télé et le contact direct le confirme: Hassan Nasrallah est une forte personnalité. Il en impose non par des grands airs il est d’un abord très simple – mais par sa logique, sa casuistique très bien rôdée. C’est un homme d’arguments dont la force de conviction s’agremente d’un fréquent sourire.

Malgré les épaisses lunettes qu’il chausse, son regard, toujours en mouvement,est très expressif . Il ne dose pas ses effets,ne calcule visiblement pas ses réponses et d’une interview il fait volontiers une conversation à bâtons rompus, sur un ton amical. Il joue le jeu “ a la régulière”, c’est –à-dire qu’ayant accepté de mettre l’accent sur Hassan plutôt que sur la politique , il évoque son enfance, plonge en lui- même, cueille toute une brassée de souvenirs,offre une pleine gerbe de détails personnels, se livre comme devant un confident …

Débuts hésitants quand même,car l’exercice ne lui est pas familier. Il avoue dailleurs qu’au départ il était réticent et que ce sont ses proches qui l’ont convaincu

de tenter l expérience d’une interview “différente” à Magazine . Il répète que

c’est la première fois et peut –être la dernière qu’il se laisse ainsi aller. Mais,visiblement, l’expérience a réussi: le temps qui nous était imparti au départ

S’est trouvé duex fois doublé … Il a même été question un moment d’une deuxième

rencontre mais sagement il a été décidé de s’en tenir à une seule, pour une première fois…

Hassan Nasrallah a vu le jour 31 août 1960 dans un ancien quartier de la Quarantaine, le “camp Charchabouk “. là les masures en bois, en aggloméré et en tôle abritaient un extraordinaire melting pot de Libanais de toutes souches ou origins, dont des Arméniens et des Kurdes .Son père .Abdel Karim, natif de Bazzourieh dans le caza Tyr, avait été l’une des innombrables victimes de l’exode qui avait frappé le milieu rural, attiré par le miroir aux alouettes de la capitale << où il y a du travail >>.Pas assez en réalité et si mal payé que les villageois se trouvaient refoulés dans les différentes banlieues où le logement coûtait beaucoup moins cher qu’en ville et qui étaient déjà des “ceintures de misère”, comme les a baptisées L’Imam Moussa Sader, pour ne pas dire des bidonvilles…

Une véritable fascination pour le portrait de l’imam Moussa Sader

Le père, Abdel Karim, et ses frères vendaient des fruits et des légumes. Puis la situation s’améliorant un peu, il a pu ouvrir une petite épicerie dans le quartier.à neuf ans, Hassan s’y rendait pour donner un coup de main et là, il y avait un portrait de l’Imam Moussa Sader accroché à l’un des murs.Le petit garçon s’ installait sur une chaise en face de cette photo pour la contempler et, se souvient – il, il partait alors dans d’interminables rêveries. Plus il regardait le portrait, plus il admirait l’Imam , sattachait à lui et rêvait de devenir un jour comme lui …

Hassan ne ressemblait pas aux autres enfants du quartier. Ces gosses jouaient au football, allaient à la mer ou au fleuve pour se baigner. Lui, il se rendait à la mosquée, à Sin el Fil, à Bourj Hammoud ou à Nabaa, car il n’y en avait pas à la quarantaine. Un appel, une vocation religieuse que rien ne sous – tendait : il n’était en contact avec aucun uléma et sa famille n’était pas particuliérement dévote. Le jeune Hassan était quant à lui très attaché à la religion, au point qu il ne se contentait pas de la simple observance des rites comme la prière ou le jeûne et qu’il allait plus loin. Son entourage et son evironnement, très mélangés à la Quarantaine, n’avaient pas de prise sur lui. Il était sinon replié sur lui –même du moins tout a fait pris par sa vie intérieure et par sa mystique, avec en arrière- fond le portrait de LImam Sadr …

C’est également à neuf ans, que Hassan “ descendait”comme on disait alors au Borj, l’ancienne place des canons, center de la ville, pour se procurer des livres auprés des bouquinistes qui les étalaient sur le trottoir et les trimbalaient sur des charettes à bras. Il lisait tout ce qui lui tombait sous la main comme ouvarges sur L’Islam. Quand un livre était trop difficile pour sa jeune compréhension,il le mettait de côté pour le lire plus tard, quand il serait grand … Il avait fait ses étudesprimaires dans une école de quartier “Al Najah” et il avait été de la dernière promotion du certificat, diplôme supprimé en 1970. Ensuite il avait étudié à l’ecole publique de Sin el Fil. Puis la guerre qui a éclaté en 1975 a poussé la famille à quitter la Quarantaine et à regagner le village, ce qui fait que Hassan Nasrallah a complété ses études secondaires à l’école publique de Tyr. Quand il était encore à la Quarantaine, ni lui ni aucun des members de la famille n’appartenaient à un parti, bien que diverses organisations,dont certaines Palestiniennes, fussent alors implantées dans cette zone . Mais à son retour à Bazzourieh, il a rejoint les rangs du mouvement Amal, un choix tout naturel pour lui puisqu’il était attaché pour ainsi dire affectivement à l’Imam Moussa Sader. Il avait à l’époque 15 ans, et Amal était connu sous l’appellation de “mouvement des déshérités “. Son choix détonait un peu à Bazzourieh, village où les progressistes, les marxistes et notamment le parti communiste libanais dominaient . Toujours est –il qu’avec son jeune frère Hussein,il est devenu un élément de la base d’Amal dont il est assez rapidement devenu le délégué dans son village, malgré son jeune âge.

Cependant au baut de quelques mois il a décidé de se rendre au Najaf irakien, lieu saint chiite,pour des études de théologie coranique .Il n’avait pas encore 16ans et les moyens lui manquaient. Il a rencontré à la mosquée de Tyr un uléma, Sayyed Mohammed Mansour Gharoui, qui enseignait au nom de l’Imam Moussa Sader . Hassan lui a parlé de son désir de se render à la “Hawza” de Najaf, village –collège religieux chiite où les étudiants choisissent leurs maîtres et mènent une vie communautaire. Gharoui, qui était lié d’amitié avec le grand Sayyed Mohammed Baker Sader d’Irak, a remis à Hassan une lettre de recommandation pour ce dernier.

Le jeune homme a donc réuni quelques effets, un peu d’argent –avec l’aide de ses amis et de son père – et a gagné Bagdad en avion, puis Najaf en bus et à son arrivée

Il n’avait plus sur lui la moindre piastre. Mais là il y a, raconte –t-il, une main secourable pour vous soutenir et l’essentiel est que l’étudiant puisse supporter une vie à la dure,dans un grand dénuement. Se nourrir de pain et d’eau fraîche, dormir sur un matelas de mousse polyester…

A son arrivée, il rencontre des libanais et leur demande s’il y a moyen de faire parvenir la lettre de recommandation à l’Imam Mohammed Baker Sader,qui était une des sommités de la “Hawza”.Ils lui disent que Sayyed Abbas Moussaoui était en mesure de transmettre le message. Au début Hassan Nasrallah a pris Moussaoui, qui était de teint bistre, pour un Irakien et lui a donc adressé la parole en arabe littéraire . Mais il s’est vu répondre: “Ne vous mettez pas en frais, je suis Libanais, de Nabi Chite dans la Békaa …” Et c’était là le début d’une relation étroite. Moussaoui a été pour Hassan Nasrallah “un ami, un frére, un maître,un compagnon de route”. Il devait le perdre 16 ans plus tard, lors de l’attentat israélien qui a coûté la vie à l’ancien secrétaire général du Hizbollah.

Toujours est –il qu’à la demande de Sayyed Mohammed Baker Sader, c’est Moussaoui qui avait pris en charge l’éducation du nouveau venu à Najaf. Lorsqu’il

L’avait recu, après avoir lu la lettre de recommandation de l’Imam Moussa Sader,

Le dignitaire religieux irakien lui avait demandé: << Avez –vous de l argent?>>.

<<Pas un sou>>, avait –il répondu. Se tournant alors vers Moussaoui, Mohammed Baker Sader lui avait lancé: <<Assurez –lui une chamber, soyez son enseignant et veillez sur lui.>> Et il a donné à Nasrallah de l’argent pour acheter des vêtements,

des livres et de quoi pourvoir à ses frais de poche mensuels.

“Un Etat musulman repésente une solution pour la société.

Mais il m’est pas question d’imposer une République islamique par la contrainte “

Moussaoui a pris à Cœur sa mission et a suivi de près son pupille.Il lui a trouvé une chamber dans la “Hawza” ,près de son domicile. Sayyed Abbas était déjà marié et le couples avaient droit à une maison, tandis que les célibataires devaient se contenter d’une chamber, qu’ils partageaient d’ailleurs à deux ou trois Chaque étudiant avait droit à de modestes subsides, pas plus de cinq dinars par mois, octroyés par les grands ulémas consacrés comme références, à l’instar de l’Imam Khou ‘i ou de l’Imam Baker Sader.

La prise en charge d’un éléve par un jeune n’est pas étonnante dans la “Hawza” qui à un régime très spécial. Les études y sont divisées en trois degrés . Il y a d’abord une sorte de propédeutique, d’introduction générale a l’initiation religieuse et scientifique. Puis la phase médiane dite de la surface et enfin, la dernière tranche, supérieure, dite “quête exogène”, car elle aborde l’initiation sans recours visuel au texte du Coran, qu ‘il faut donc déjà savoir entièrement par cœur, sans quoi on ne peut suivre les conférences magistrales de l’Imam enseignant. Comme dans certaines académies occidentals, l’étudiant qui a franchi un degré peut ensuite à son tour transmettre le savoir acquis aux plus jeunes. Dès lors Abbas Moussaoui,qui avait achevé la phase préparatoire et se trouvait en phase intermédiaire, a pu se charger d’une classe de novices dont Nasrallah faisait partie. Moussaoui était sérieux et sévère. Grâce à son enseignement rigoureux, ses élèves ont pu terminer en deux ans ce que généralement on accomplissait dans la “Hawza” en cinq . Ils mettaient en effet les bouchées doubles et se privaient des vacances de Ramadan,de la saison du Hajj (pélerinage à la Mecque ) et même, ou surtout,des deux jours de congé hebdomaire observés à l’ecole religieuse, les jeudis et vendredis. Ils étudiaient sans répit, sans relâche et, en 1978 Hassan Nasrallah avait terminé avec succés cette première étape. Il voulait avant tout ne pas décevoir le maître devenu l’ami. Mais en cette même année, le régime irakien commencé à asticoter les étudiants religieux et il a expulsé du pays nombre d’entre eux de différentes nationalités.De plus, Bagdad se montrait indisposé par les étudiants libanais, car ils ne provenaient pas tous de cercles religieux et n’offraient pas un profil traditionnel rassurant. En effet, c’etaient en général des fils de cheikhs qui se retrouvaient dans les écoles coraniques. Mais au milieu des années soixante –dix,on a vu débarquer des jeunes intellectuels qui ne venaient pas de familles religieuses. Comme la guerre faisait rage au liban, les jeunes libanais ont été pris comme boucs émissaires plus souvent qu’à leur tour .On les accusait tantôt d’appartenir au mouvement Amal,au parti Al-Daawa ou au Baas pro-syrien et tantôt on allait jusqu’à les soupçonner d’être parachutés là par les S.R.syriens.Donc en 78 ,les étudiants libanais (dont certains ont en outre été emprisonnés pendant quelques mois)ont été comme d’autres étrangers expulsés d’Irak par les autorités.

Pourchassé par les commandos de saddam, il retoume au liban

Un jour les commandos de saddam ont pratiquement pris d’assaut la “Hawza”.Sayyed Abbas Moussaoui se trouvait alors au Liban et les soldats n’ont trouvé que sa famille. Ses élèves lui ont fait savoir qu’il ne devait pas tenter de retourner en Irak car il y était recherché. Au bout de quelque temps les jeunes ont été eux – mêmes renvoyés . la chance avait alors souri à Hassan Nasrallah: lors de la descente.

de police il se trouvait lui aussi en dehors de l’enceinte de la “Hawza”. Quand il est revenu, il a appris que ses camarades avaient été arrêtés et il a quitté aussitôt le district du Najaf, l’ordre d’arrestation n’ayant pas encore été donné dans les autres provinces du pays, ni son nom donné aux frontiéres. Il a donc pu retourner tranquillement au Liban.

Mais il voulait avant tout compléter ses etudes religieuses. Il a pu le faire quand Moussaoui et un groupe d’enseignants ont ouvert une école religieuse à Baalbeck, école qui existe toujours. Nasrallah y enseignait et y étudiait en même temps .Il a recommencé à militer dans les rangs d’Amal dont il à été promu commissaire politique pour la Békaa en 1982 et, à ce titre, membre du Bureau politique central.

La même année il terminait ses études de deuxiéme étape.

En 1982, il y eut la grande invasion israélienne et cette année – là fut un tournant capital dans l’existence de Hassan Nasrallah comme de ses camarades. Les israéliens ayant occupé Beyrouth, il se forma alors un “comité de salut public” dont le chef d’Amal, Nabih Berry, souhaitait faire partie. Les radicaux religieux du mouvement s’y sont opposés, le conflits s’est envenimé et le groupe des religieux a fait sécession. D’autant plus volontiers que bien auparavant plusieurs différends l’avaient opposé à M. Berry, à cause d’une différence d’interprétation de l’enseignement laissé par l’Imam Moussa Sader. Ces incidences n’avaient cependant pas été jugées assez graves pour justifier une scission. Lorsque les jeunes militants croyants ont vu que le chef du mouvement voulait s’asseoir au “comité du salut public”, sous la présidance d’Elias Sarkis, non seulement aux côtés de Walid Joumblatt ou de Rachid Karamé mais aussi de Bachir Gemayel, ils ont considéré qu’il y avait grave déviation. En effet à leur avis ce “comité” avait notamment pour but de faire arriver Bachir Gemayel à la présidance de la République, ce qu’ils refusaient totalement car à leurs yeux le leader des forces libanaises symbolisait la normalisation avec l’ennemi israélien et il n’était pas question de pactiser avec lui, de lui tendre la main.Ils ont donc quitté Amal pour fonder, avec d’autres éléments qui n’appartenaient pas au mouvement, le Hizbollah, le parti de Dieu. Les anciens “amalistes” y faisaient leurs jonctions avec des cadres d’associations caritatives ou culturelles opérant généralement dans les comités de quartier ou les groupements de mosquée. Certains venaient du parti islamiste Al-Daawa. Cette formation clandestine s’était autodissoute avant la formation du Hizb auquel ont également adhéré des dignitaries religieux indépendants. La devise de la formation était la Résistance a l’occupant (israélien ).

Fait notable, quand Hassan Nasrallah a quitté Amal, son jeune frére Hussein ne l’a pas suivi . Il fait encore partie aujourd’hui du mouvement. Il a été un moment responsable de la formation pour la section Chyah, mais il semble que des problèmes de santé l’aient amené à renoncer a ces responsabilités .

Hassan Nasrallah est l’aîné d’une famille de neuf enfants, garcons et filles . Il y a ensuite Hussein ;Zeinab, qui est mariée; Fatmé, toujours à la maison avec ses parents; Mohammed qui exerce une profession libre; Jaafar fonctionnaire dans les services publics; puis dans l’order d’âge, Zakyé, Amnya et Souad, toutes trois mariées…

Au départ, la maisonnée n’etait pas très dévote, répétons-le, <<mais avec le temps cela s’est améliore>> , dit le Sayyed . Toutes les filles militent dans les œuvres du Hizbollah . Quand aux garcons, au début ils étaient tous dans Amal, mais seul Hussein y est resté; Mohammed ne fait pas de politique mais respecte le Hizb sans en être membre; quand â Jaafar, Hassan Nasrallah indique qu’il ne sait pas quelles sont actuellement ses tendances car il n’a pas discuté avec lui ces derniers temps.

L’Imam Moussa Sader n’est pas aux yeux des jeunes qui ont cru en lui, le fondateur seulement d’Amal mais aussi en quelque sorte du Hizbollah. Il est le guide de tous, tous se considérent comme ses enfants. Après sa disparition il y a eu clivage sur la maniére d’appliquer ses préceptes.

Aujourd’hui le Hizbollah est sur une voie d’évolution, sa volonté étant de marcher avec le siècle, particulièrement sur le plan chiite. Toujoures selon Sayyed Hassan Nasrallah, il ne faut pas penser qu’une seule personne, aussi imposante soit-elle, puisse monopoliser la pensée , le savoir religieux et la science politique . Les members du Hizbollah pensent que la plus grande personnalité de ce siécle a été sans conteste l’Imam Khomeyni. Mais quand il est mort, ils se sont mis en quête d’une référence spirituelle vivante et tout naturellement leur allégeance s’est reportée sur le guide choisi comme successeur par Khomeyni,l’Imam khameneï.

Cependant pour les hizbollahi <<les idées et les points de vue des anciens imams continuent a beaucoup compter>>. Quand le Hizbollah a vu le jour, Hassan Nasrallah qui n’avait que 22 ans, ne faisait pas partie du directoire, appelé “Majliss ach-choura “, Conseil de concertation. Il a gravi les échelons a l’intérieur du parti et il y a créé lui –même diverses functions. Il a fait partie du groupe pour la moblisation des résistants; puis il a été en charge de la section Baalbeck du parti et ensuite de la région Békaa. Au bout de quelque temps, il a gagné Beyrouth en même temps que Sayyed Ibrahim Amine es-Sayyed, actuellement député au parlement. Ce dernier a été nommé responsable de la région Beyrouth et Nasrallah était son assistant. Peu après, le parti a décidé de disssocier l’action politique des structures organisées sur le terrain. Es – Sayyed a choisi la voie politique et Nasrallah lui a donc succédé a la tête de la section Beyrouth. Puis l’on a créé à son usage le poste de cadre exécutif général, chargé de faire appliquer les décisions du “Majliss ach-choura”.

Son plus cher souhait est de redevenir étudiant .

Malgré son engagement partisan, qui lui prenait tant de temps, Hassan Nasrallah restait résolu à poursuivre ses études religieuses pour devenir docteur de la loi (“fakih”,exégète). Un palier élèvé où l’érudit doit pouvoir compter sur ses propres ressources de connaissance et de réflexion pour commenter les textes et en dégager des précepts, sans nécessairement se référer â d’autres autorités en la matière. Ces savants constituent l’élite de la “Hawza”, considérée comme une entité spirituelle. Après l’invasion israélienne, Nasrallah a dû totalement couper les ponts avec les études, pour se consacrer corps et âme au parti comme à la Résistance. Mais sept ans plus tard, en 1989, il a estimé qu’il pouvait reprendre ses études. Avec le feu vert du parti, il a gagné Qom, la ville sainte iranienne, pour y poursuivre l’initiation commencée dans le Najaf. Beaucoup de rumeurs ont couru sur ce départ selon lesquelles Nasrallah était en fait en conflit avec d’autres cadres du Hizbollah.

Toujours est –il que la brouille avec le mouvement Amal ayant tourné a

l’ affrontement armé dans l’Iqlim el Touffah, Nasrallah a pensé qu’il était de son devoir de revenir et d’ailleurs le parti le lui avait demandé. Il a donc dû, une nouvelle fois, perdre l’occasion qui lui était donnée de parachever sa formation religieuse. Aujourd’hui encore il affirme qu’il n’a de plus cher souhait que de voir les “frères au sein du parti” vouloir bien le décharger du secrétariat général afin de redevenir étudiant…

C’est après l’assassinat d’Abbas Moussaoui par les Israliens qu’il a été appelé à diriger le Hizbollah en tant que secrétaire général. Auparavant, Lors de son séjour à Qom, la responsabilité exécutive dont il était chargé par le haut “Majliss” était assumée par son adjoint, cheikh Naïm Kassem.A son retour, Nasrallah est resté membre de la direction, mais sans poste de responsabilité précis. Puis son mentor du Najaf, Sayyed Abbas Moussaoui à été élu secrétaire général. Il a pris Kassem comme adjoint et Nasrallah a donc retrouvé ses charges effectives. En 1992, Israël a porté un coup sévère au Hizb en assassinant Moussaoui. Nasrallah,son élève et ami, l’a pleuré, ainsi que le “Majliss ach-choura”, réuni pour élire un successeur. Le choix s’est porté sur Hassan Nasrallah, bien qu’il ne fût pas adjoint du secrétaire général et malgré son jeune âge par rapport aux autres membres du directoire. Mais les considérations affectives ont prévalu: il fallait rendre en quelque sorte un hommage du cœur à Moussaoui dont Nasrallah était de loin le plus proche. Dans le parti on disait d’ailleurs que <<Abbas et Hassan c’est bonnet blanc et blanc bonnet, c’est tout un >>. De plus Hassan Nasrallah, responsable exécutif, avait des rapports étroits avec la base et il était en mesure de cimenter fortement l’unité du parti après le coup dur qu’il venait de subir. D’autant que Nasrallah était le mieux placé pour “exploiter” sentimentalement au niveau populaire le martyre de son ami au profit de la cause et du parti.

Il dit que le jour de son élection par le “Majliss ach-choura” il s’est senti embarrassé parcequ’il était le plus jeune, mais aussi parceque jusque-là sa tâche était d’ordre organisationnel interne, sans grand rapport avec les contacts extérieurs. <<Mais ils ont insisté>> et, après un premier refus de sa part, le choix a été confirmé par les sages à travers un deuxième vote.

“Sayyed” est généralement un titre utilisé en Afrique du Nord pour désigner un descendant du prophète par le père ou par la mère, ou une appartenance aux Bani Hachem. Le titre distingue entre ceux qui appartiennent à cette lignée et les “machayekhs”, les cheikhs religieux. Les “Siyyad”, pluriel de “sayyed” portent un turban noir comme signe distinctif, cette coiffure n’ayant aucune signification de grade religieux.

Sayyed Hassan Nasrallah est père de famille depuis 1978. Il est marié à Fatmé Yassine, 35 ans, originaire d’Abbassyé caza de Tyr. Après la mort de Hadi l’aîne, tué au combat en septembre dernier à l’âge de 18 ans, il leur reste Mohammed Jawad, 17 ans; Zeinab, 12 ans et demi;Mohammed Ali,7 ans, qui a fêté son anniversaire le 22 novembre. Il a demandé du gâteau et on lui en a apporté.<<l’ecole l’a gâté>>,dit le père en souriant, avant d’ajouter:<<Cela n’est pas grave, il est bon qu’un enfant puisse célébrer son anniversaire>>.

Après les mémoires de Sharon,il lira le livre de Netanyahu

Quand Sayyed Hassan Nasrallah rentre chez lui, il laisse ses charges sur le seuil, pour n’être plus qu’un époux et un père attentif, mais aussi un homme qui vit sa vie intérieure et sa foi. Il lit beaucoup. surtout des mémoires de personnalités politiques. Depuis quelque temps il lit le mémoires de Sharon et il compts reprendre bientôt la lecture du livre de Netanyahu “Une place au soleil”. Une preuve s’il en fallait qu’il trouve important de bien connaître l’ennemi. Pour lui cependant le parti n’est pas seulement résistance. Il est porteur, aujourd’hui, d’une pensée politique générale qui se fonde naturellement sur l’Islam. <<Pour nous, dit-il en substance, l’Islam n’est pas une simple religion de rites et de formulas, mais bien un message divin qui concerne l’humanité et répond à toute question que l’être peut se poser dans sa vie privée ou publique. L’Islam est une religion pour une société capable de révolution et d’édification d’un Etat.>>Cependant Sayyed Hassan Nasrallah ajoute que pour être honnête et conséquent avec lui –même, il ne peut nier que le Hizbollah ambitionne,sur le plan idéologique et théorique, de créer un jour une République islamique. Car les hizbollahi pensent qu’un Etat musulman représente une solution pour la société, même si elle est pluraliste et qu’ils y trouve des minorités. Mais il.

Précise tout de suite qu’il est hors de question d’imposer une République islamique par la force ou par la contrainte, ajoutant que c’est au peuple de se prononcer et pas à la majorité absolue des 51%, mais à la quasi- unanimité, à90% des voix. Dès lors, en pratique, la création d’une République est hors de question pour le moment.

Pour Hassan Nasrallah,en conformité avec la foi islamique, il y a ce bas –monde et l’au –delà. La mort n’est que la portiére qui sépare les deux mondes. Certains la franchissent aisément et d’autres en souffrant. Le martyre est la forme la plus élevée de passage dans l’autre monde, car il est don libre, volontaire et fier de ce bien précieux qu’est la vie.Quand un martyr meurt, c’est comme s’il entrait au ciel en portant avec lui le plus riche des présents et c’est pourquoi il est autrement accueilli que les autres. Toujours est –il, note Sayyed Hassan Nasrallah, que même les peuples qui ne croient pas en Dieu vouent d’instinct une immense vénération à ceux qui donnent leur vie pour leur pays, pour leur peuple ou pour la cause qu’ils servent.

Il précise qu’ajoud’hui,comme tout père, Hadi son fils aîné lui manque et qu’il tire son courage de son absolue convction que le jeune homme est dans la félicité des élus du Tout Puissant. Avant son martyre, souligne le père, Hadi avait son portait uniquement chez lui à la maison; aujourd’hui on le trouve dans toutes les demeures. <<Il y en a beaucoup>>, dit Hassan Nasrallah qui se montre heureux de la manière dont la vie de son aîné s’est achevée. Toute existence, ajoute-t-il, a un terme; c’est un sujet de gloire et d’honneur qu’elle prenne fin par le martyre. Il conclut sur ce point en soulignant qu’il a perdu un être cher mais qu’il sait qu’un jour ils se retrouveront.

Sur le charisme qu’on lui prête il dit que, bien entendu, il n’est pas en position de se prononcer, que c’est aux autres de juger. Il souligne cependant que d’une façon générale le charisme ou l’influence que l’on peut avoir sur autrui sont un don de Dieu qu’on peut cependant cultiver en s’instruisant et en acquérant de l’expérience. La culture et le savoir-faire ne peuvent toutefois pas rendre un homme charismatique, s’il n’a pas le don au départ.

Ce magnétisme naturel, Sayyed Hassan Nasrallah ne semble pas en manquer. Il a aussi de toute évidence de fortes capacités intellectuelles. Il retournera peut –être un jour sur les bancs de l’école coranique pour devenir “fakih”,un docteur de la loi.

Pour le moment Hassan Nasrallah est en politique plutôt qu’en religion et à part la lutte de libération, il s’efforce de dynamiser le Hizb. D’autres diraient de le démocratiser et de le moderniser, mais ces acceptions n’ont pas dans ce cas leur habituelle signification d’inspiration occidentale.

Car le Hizbollah reste islamique,c’est sa nature.Et résistant, c’est son devoir.