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nul ne peut obtenir d'elle une faveur désirée qu'il n'en paie le prix par des peines et des angoisses. de même on peut, le soir, dormir dans la sécurité et se réveiller le lendemain dans la peur.

traîtresse et pleine de perfidie, sujette au néant comme tout mortel qui vit ici-bas, la seule provision bénéfique qu'elle offre est l'obéissance à dieu. moins on en profite, plus on est en sûreté; plus on en jouit, plus on court à sa perte et ce qu'on a acquis disparaîtra.

combien a-t-elle affligé de gens qui lui ont fait confiance, frappé ceux qui y espéraient, avili des nobles! combien d'hommes fiers a-t-elle rendu méprisables!

sa puissance est inconstante, son pain amer, son breuvage saumâtre, sa douceur est de la coloquinte, sa nourriture du poison et ses titres sont vains.

le vivant y est destiné à la mort, l'homme sain à la maladie et le bien à la disparition, le puissant à la défaite, le riche à la misère. les tribulations sont le lot de tous les mortels.

n'êtes - vous point dans les demeures de ceux qui, avant vous, avaient plus longue vie, ceux qui laissèrent plus de traces, et nourrirent plus d'espoirs, qui furent plus puissants en troupes et en armes? ils ont aimé la vie au maximum, l'ont préférée à tout puis l'ont quittée sans être pourvus de provisions, sans montures pour le grand voyage.

vous a t-il été dit que le monde les a rachetés, secourus ou pris leur défense? au contraire, il les a accablés de soucis, les a fustigés, les a fait trembler de peur, leur a fait ployer le front, les a foulés aux pieds et les a livrés aux affres de la mort. vous savez comme le monde tourne le dos au moment de la mort à ceux qui s'y attachent, s'en éprennent et lui font confiance.

leur a-t-il donné autre chose que la faim en guise de provisions pour le grand voyage? ne leur a-t-il pas fait habiter les lieux de l'oppression, fait apparaître les ténèbres pour de la lumière, en les plongeant dans les regrets?

est-ce cela que vous voudrez prendre comme exemple! est-ce cela que vous préférez, en quoi vous mettez votre espoir et où vous voudriez vous maintenir! misérable séjour pour qui ne le trouve pas suspect et pour qui n'y serait pas sur ses gardes! sachez-le.

or vous le savez bien, que vous allez un jour le quitter et vous en séparer; tirez leçon de ceux qui ont dit: "y-a-t-il plus puissant que nous?"

ils ont été mis en tombe, enfouis sous terre, ils ne seront pas accueillis en hôtes; le tombeau est leur demeure, l'argile est leur linceul et les squelettes sont leurs voisins. ces voisins sont sourds à leur appel, incapables de leur porter secours, insensibles aux pleurs.

les pluies ne les réjouissent point et la sécheresse leur est indifférente. ils sont ensemble mais chacun est à part, ils sont voisins et loin les uns des autres, ils sont proches et ne communiquent point; ils sont côte à côte sans se rapprocher les uns des autres.

ils sont devenus cléments et ont perdu toute haine. ils ignorent désormais la rancune. on ne peut plus les craindre ni en espérer un appui. ils étaient sur terre et les voilà enterrés. ils ont connu l'étroitesse après les grands espaces, l'isolement après la vie de famille, les ténèbres après la lumière.

ils ont quitté le monde tels qu'ils y étaient venus sans habits ni chaussures. ils s'en sont séparés n'emportant que leurs actions pour la vie éternelle et la demeure sans fin, comme dieu l'avait révélé: "nous ferons revenir à nous toute créature dans le premier état où nous l'avons créée. c'est une promesse que nous faisons; c'est ainsi que nous agissons".


mise en garde contre la vie ici bas

je vous mets en garde contre ce monde; c'est une demeure passagère et instable; elle s'est enjolivée de vanité et par sa parure elle séduit.

son séjour cependant est de peu de valeur auprès de dieu. i1 y a introduit aussi bien le licite et l'illicite, le bien comme le mal, la vie comme la mort, le doux comme l'amer.

dieu ne l'a pas rendu pur même pour ses élus et n'en a pas privé même ses ennemis.

les avantages de ce monde sont minces, ses maux multiples. ses acquisitions se dispersent, ses biens ne sont pas sûrs, ses édifices finissent en ruines. quelle confiance accorder à un monde qui est appelé à la destruction, à une vie qui s'épuise comme des provisions, à un moment qui finit comme une étape.

exécutez les obligations que dieu vous a imposées et sollicitez-le dans la mesure où vous aurez accompli ce qu'il vous a demandé.

faites entendre à vos oreilles la voix de la mort avant qu'elle ne s'abatte sur vous.

les cœurs de ceux qui ont renoncé à ce monde pleurent alors que leurs visages sourient, ils s'affligent dans leurs joies, répriment leurs sentiments malgré la croissance de leurs moyens.

vos cœurs ont oublié la notion de la destinée et se sont bercés d'espérances trompeuses. vous vous attachez à ce monde plus qu'à l'autre et à l'éphémère plus qu'à la vie éternelle.

néanmoins vous êtes tous frères en la religion de dieu; seules vos consciences mauvaises et vos désirs cachés vous dissocient. vous ne vous entraidez, ni ne vous conseillez; vous n'êtes plus généreux entre vous et vous ne vous vous aimez plus.

qu'avez-vous donc à vous réjouir du peu que vous acquérez dans ce monde et à ne pas vous attrister des biens abondants qui vous sont promis dans l'autre monde et dont vous serez privés!

vous êtes inquiets quand un bien infime de ce monde vous échappe et cela se voit même sur votre visage et par votre impatience devant la privation comme si ce monde était votre séjour définitif et que ses jouissances étaient éternelles pour vous.

ce qui vous empêche de reprocher un défaut à un frère c'est la crainte qu'il ne vous reproche un autre. vous vous êtes accordés pour aimer ce qui passe et rejeter ce qui dure; votre foi ne dépasse pas vos lèvres, vous êtes comme le serviteur qui a achevé sa tâche et satisfait son maître.


louange de dieu

nous le louons pour ce qu'il a pris et pour ce qu'il a accordé, pour ses faveurs et ses épreuves.

il connaît tout ce qui est caché, cerne tous les secrets, il est au courant de ce que renferme les cœurs et de ce que contiennent les regards.

nous attestons qu'il n'est point de dieu autre que lui, que mohammad est son élu et son émissaire, ceci est un témoignage où le sentiment est en accord avec la parole et le cœur avec la bouche.


sermon

l'imam dit entre autres: "cela est du sérieux et non point de l'amusement, de la vérité et non point du mensonge".

c'est la mort qui se fait entendre à tous et nous dirige tous.

que la richesse des hommes ne te trompe pas. tu as bien vu ceux qui, avant toi, avaient amassé des fortunes, redouté la pauvreté, se considérant assurés contre le malheur, espéraient longue vie et oubliaient la mort.

comment la mort s'est elle abattue sur eux? ils ont été troublés dans leur séjour, arrachés au beau milieu de leur sécurité, portés sur une civière passée d'épaule à épaule, de main en main; brusquement ils n'ont plus que des tombes pour demeures, ce qu'ils ont amassé s'est dispersé entre les mains des héritiers; leurs épouses se sont remariées. ils ne peuvent plus augmenter leurs bonnes actions, ni discuter des mauvaises.

celui qui cultive l'obéissance à dieu surpasse ses semblables dans la vertu et réussit dans son œuvre.

enrichissez-vous de l'obéissance à dieu et faites pour le paradis ce qu'il exige de vous: ce monde ne vous fut pas créé pour demeure éternelle, mais comme lieu de transition où vous pourrez vous pourvoir de bonnes actions pour l'autre monde. soyez donc toujours disposés à le quitter et à vous tenir prêts pour le grand départ.


critique de ce monde

que dire d'un séjour dont le début est peine et la fin un néant? séjour après lequel vous devez rendre compte de l'usage que vous avez fait du licite et serez sanctionnés pour tout acte illicite.

celui qui s'y enrichit est troublé par ses richesses et celui qui est pauvre s'attriste de sa condition; celui qui court derrière le monde ne l'attrape jamais alors que ce monde suit celui qui le fuit.

celui qui le voit sous son jour réel se trouve éclairé et celui qui s'en laisse séduire en est aveuglé.


le monde ici-bas

celui qui se laisse aveugler par ce monde cesse de voir ce qu'il y a derrière alors que le perspicace pénètre ses secrets et sait qu'il y a un autre monde après.

l'un et l'autre prennent la même direction, mais le perspicace emporte de ce monde, avec lui, une provision de bonnes actions alors que l'aveugle limite son action aux biens de ce monde.

sachez qu'on se rassasie de tout, qu'on se lasse de tout hormis de la vie car on ne trouve pas de repos dans la mort. ce fait contient une sagesse qui peut insuffler la vie à un cœur mort, servir de lumière pour l'œil aveugle, d'ouïe pour l'oreille sourde et de désaltérant pour l'assoiffé, car elle renferme toutes les richesses et la sécurité.

le livre de dieu! i1 vous permet de bien voir, de bien parler, de bien entendre; ses versets se complètent et se confirment. ils ne se contredisent pas sur dieu, n'éloignent pas le croyant de dieu.

vous vous êtes habitués à la haine; la verdure vous cache le fumier sur lequel elle pousse; vous étiez tous unis dans les mêmes espoirs et les richesses créent désormais entre vous l'inimitié.

le malin vous a égarés, la vanité vous a perdus. je prie dieu de m'accorder et de vous accorder son secours.


dernier sermon oÙ il recommande aux fidÈles l'obeissance a dieu et glorifie ceux qui sont tombÉs a saffine

o adorateurs de dieu! je vous recommande l'obéissance à dieu qui vous a si bien habillés et facilité la subsistance!

s'il y en avait un qui pouvait trouver moyen de vivre éternellement et de se dérober à la mort ça n'aurait pu être que soleiman (salomon), fils de david (que dieu soit satisfait d'eux). lui furent soumis hommes et démons, il avait le don de prophétie et une digne lignée.

une fois son mandat terminé, sa destinée accomplie, la mort le frappa de ses traits cruels. il quitta ses demeures où d'autres s'installèrent. que les siècles précédents vous servent de leçons.

où sont les géants et leurs descendants, les pharaons et leurs successeurs? où sont les habitants des villes d'al rass qui ont mis à mort les prophètes, aboli les traditions des messagers de dieu et ressuscité les mœurs des tyrans?

où sont ceux qui ont levé des troupes, battu des légions, formé des armées et édifié des cités?

puis l'imam ajouta: o vous les hommes! je vous ai prodigué des sermons identiques à ceux que les inspirés de dieu ont répandus parmi leurs peuples je vous ai donné ce que les disciples ont donné après eux. je vous ai corrigés de mon fouet et vous ne vous êtes pas redressés. je vous ai durement avertis et vous ne vous êtes point unis. mon dieu que faire? vous vous imaginez qu'un imam autre que moi vous ouvrira la route et vous conduira sur le droit chemin?

ce qui dans la vie appartenait à l'avenir est déjà du passé et le futur n'est plus que du présent. les hommes pieux se préparent pour le grand départ. ils ont échangé le peu de ce monde qui ne dure pas contre l'immense grâce de l'autre monde qui ne finit pas.

que gagneraient nos frères, dont le sang a été versé à saffine, à être aujourd'hui en vie, à subir des misères, alors qu'ils ont rencontré leur créateur et sont en son voisinage. i1 leur a ouvert la maison de la sécurité et ils ne connaissent plus la peur.

où sont mes frères qui se sont mis en route et ont suivi le sentier de la justice? où est ammar? où est ibn tayahan? où est celui dont le témoignage en valait deux (il s'agit là de l'un des compagnons du prophète)? où sont donc ceux qui les égalaient, qui avaient fait le serment de mourir et dont les têtes ont été portées pour être montrées publiquement?

là l'imam ali frappa de sa main sa barbe puis pleura longuement, et dit:

je regrette mes frères qui ont récité le coran et l'ont maîtrisé, qui ont compris les commandements de dieu et s'y sont astreints; ils ont vivifié la tradition et tué l'innovation, ils furent appelés à la guerre sainte et ils ont répondu à l'appel. ils ont fait confiance au chef et l'ont suivi.

puis du plus fort de sa voix, l'imam fit ce appel: "la guerre sainte! la guerre sainte! adorateurs de dieu, aujourd'hui j'appelle à la mobilisation; que celui qui désire la rencontre avec dieu sorte avec moi".

n.b: ce jour même, il mit sous les ordres de son fils al hussein, dix mille hommes, sous qâis ibn saad autant, le même nombre sous le commandement de abi ayoub al ansari et sous d'autres chefs d'autres troupes.

une semaine après l'imam fut assassiné par le maudit ibn maljam.

i1 s'en suivit une débandade de l'armée. elle était devenue comme un troupeau ayant perdu son pâtre. les chacals s'acharnaient sur elle de tous côtés et en tous lieux.

 

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