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les croyances du chiisme

mohammad redhâ al-modhaffar

(l'auteur)

 

 

le savant et professeur cheikh mohammad redhâ al-modhaffar était un produit-type des institutions religieuses et théologiques de la capitale du chiisme, la ville de najaf (iraq). il est né le 5 cha`bân 1322 de l'hégire dans une famille connue dans cette ville pour sa vocation théologique. son père, cheikh mohammad ibn abdullâh al-modhaffar, était un faqîh, un mujtahid, un savant et l'un des marâja` ("références à suivre") de najaf. né, éduqué et grandi dans une famille de savants et dans un milieu de chercheurs et d'érudits, le cheikh mohammad redhâ al-modhaffar fut doté dès le début d'une formation scolaire, intellectuelle et culturelle solide.

il commença sa formation par l'étude de la littérature, de la jurisprudence, de la théologie et du rationalisme, le circuit classique et habituel de l'école de najaf. il excella rapidement dans toutes les disciplines qu'il étudiait. après avoir achevé ce cycle d'enseignement secondaire, il se consacra aux études supérieures de fiqh (jurisprudence musulmane), de fondements de la religion et de philosophie, sous la direction des grands uléma de l'époque. tout en poursuivant ces recherches, al-modhaffar enseignait le fiqh et les fondements de la philosophie à la fois aux niveaux d'études secondaire et supérieur.

mais outre ces activités, al-`allâmah al-modhaffar se consacra au développement de la très célèbre institution académique et religieuse de "montadâ al-nachr", dont le nom est devenu inséparable du sien. non seulement il en assurait la direction, la gestion et l'organisation des programmes, mais il y enseigna la littérature, la logique, la philosophie, la jurisprudence, les fondements, du niveau élémentaire au niveau supérieur.

cet homme infatigable et cet esprit insatiable ne savait imposer des limites à ses activités ni se contenter d'une branche de la connaissance. dès sa première jeunesse, et malgré un programme scolaire très chargé et absorbant, il s'intéressa de près à ce qu'on appelait la "culture moderne" et les "sciences modernes": mathématiques, astronomie, sciences de la nature, etc... et, tout en étant absorbé par ses études théologiques et philosophiques, il cultivait son goût pour la langue arabe, la poésie et la versification. alors qu'il dispensait des cours dans les différents domaines de sa formation, partout où on a avait besoin de lui, et quel que soit le niveau scolaire proposé, il ne cessa jamais d'élaborer des programmes scolaires et universitaires, de rédiger des articles et de publier des ouvrages dont certains sont devenus les manuels de base incontournables dans beaucoup de grands établissements théologiques et académiques. l'exemple en est sont ouvrage particulièrement célèbre: "al-manteq" (la logique).

en 1376 de l'hégire, al-modhaffar fonda la faculté de fiqh (jurisprudence islamique) à najaf, où l'on enseigne toujours la jurisprudence imâmite, la jurisprudence comparée, le tafsir (exégèse) et ses fondements, le hadith et ses fondements (al-derâyah), l'éducation, la psychologie, la littérature et son histoire, la sociologie, la logique, l'histoire moderne, la méthodologie de l'enseignement, la grammaire, les langues étrangères, etc.

introduction

(de la première édition - version arabe)

au nom d'allah, le clément, le miséricordieux

allah soit loué et que la paix et la prière soient sur le prophète mohammad, le meilleur de l'humanité, ainsi que sur les membres guidants de sa famille.

lorsque j'ai rédigé ces "croyances", je ne cherchais qu'à enregistrer le résumé de ce que j'avais compris des croyances islamiques telles qu'elles sont présentée par l'ecole d'ahl-ul-bayt (p).

j'ai rédigé ces résumés dépouillés de preuves et de démonstration, et dépourvus des hadith des imams d'ahl-ul-bayt dont ils sont tirés, car j'ai voulu que tout le monde, le débutant, le lecteur instruit et le savant, puisse en bénéficier.

je les ai intitulé "les croyances des chiites"(1) en entendant par ce dernier terme, les chiites imamites duodécimains en particulier.

lorsque je les avais préparés en 1363 a.h., c'était dans l'intention d'en faire des cours périodiques pour les étudiants de la faculté religieuse de montadâ al-nachr(2), en espérant qu'ils serviraient de cours préparatoires pour des recherches théologique de haut niveau. a l'époque, je ne les avais pas écrits en écrivain publié et lu. aussi ces textes étaient restés négligés sur des feuilles dispersés, à l'instar de beaucoup d'autres cours et conférences - notamment dans le domaine des croyances et de la science théologique - que je dispensais ces jours-là.

mais cette année - huit ans après leur rédaction - un noble et éminent éditeur m'a encouragé à les réviser et à les compiler pour les publier sous forme d'un traité à cycles enchaînés, afin qu'il soit mis à la disposition des lecteurs et qu'il serve à réfuter beaucoup de fausses accusations collées au dos des chiites imamites, surtout à un moment où certains écrivains contemporains en egypte et ailleurs persistent à faire de leur plume l'instrument de campagnes injustes contre le chiisme et ses croyances, ignorant ou affectant d'ignorer la pureté islamique de la voie des ahl-ul-bayt, se rendant ainsi coupables d'être injustes envers la vérité et de répandre l'ignorance entre leurs lecteur d'une part, et d'appeler à la division des musulmans à susciter la haine et la rancune dans leurs coeur, et pis, à les inciter les uns contre les autres. pourtant tout homme averti ne saurait ignorer combien nous avons besoin, surtout de nos jours, du rapprochement entre les différents groupes musulmans et de l'apaisement de leur haine, faute de pouvoir unifier leurs rangs et les réunir derrière un seul étendard.

je dis ceci tout en étant conscient que nous ne pourrions pas malheureusement amener à la raison, par nos efforts de rapprochement, des écrivains tels que le dr. ahmad amîn et ses semblables, portés à la division, car plus nous leur expliquons l'authenticité et la vérité de nos croyances islamiques, plus ils s'entêtent à vouloir les déformer, et plus nous attirons leur attention sur leurs erreurs, plus ils s'obstinent dans leur attitude hostile.

en fait, il nous importerait peu que ces individus et d'autres persistent dans leur hostilité, si nous nous ne craignions pas qu'ils n,induisent en erreur des lecteurs non avertis qui risqueraient de croire à leurs mensonges, et de s'imprégner de leur haine et de leur hostilité.

en tout état de cause, en acceptant de publier ce livre, j'espère qu'il présente un intérêt pour quiconque cherche la vérité, et ce faisant, j'aurai rendu un service islamique, ou même un service humain... et c'est à allah seul que je demande la réalisation de mon but.

mohammad redhâ al-modhaffar

najaf - iraq

le 27 jomâdi al-thânî 1370 h.

introduction

(à la deuxième édition arabe)

dix ans après la publication de ce livre, dont le but était d'expliquer les croyances chiites, on m'a demandé l'autorisation de procéder à une deuxième édition.

si j'ai accepté sa réédition, c'est dans l'espoir renouvelé de dissiper les nuages épais qui ont assombri depuis longtemps les relations entre les deux grandes familles de l'islam: le sunnisme et le chiisme, et de tenter d'enlever la poussière que le passé lointain a fait retomber sur les croyances islamiques authentiques.

je suis certain que l'idée du "rapprochement des ecoles juridiques musulmanes" est devenue aujourd'hui une soucieux de l'intégrité de l'islam et ce, de quelque horizon doctrinal qu'il soit, et quelle que soit son opinion sur les héritages doctinaux. or, le meilleur moyen de favoriser ce rapprochement est que les tenants de chaque ecole juridico-religieuse de l'islam se chargent eux-mêmes de faire connaître et d'expliquer tous les aspects méconnus et incompris de leur doctrine.

cette façon de procéder offre, à mon avis, toutes les garanties d'une compréhension correcte et juste des croyances d'une doctrine, puisque celle-ci est expliquée par ses propres adeptes et se trouve ainsi à l'abri de toute supputation, extrapolation conjecture ou argumentation fallacieuse.

qu'allah fasse se réaliser le but dans lequel ce livre a été écrit!

le 21 chawwâl 1380

l'auteur

prEface

par dr. hamid hafni dâwûd

professeur de littérature arabe

à la faculté des langues du caire et

directeur des etudes islamiques

à l'université de "aligarh" en inde.

ils se trompent lourdement ceux qui prétendent pouvoir connaître de façon correcte les croyances du chiisme, ses sciences et sa littérature, à travers les écrits de ses adversaires, quand bien même ces derniers seraient des savants confirmés et qu'ils observent toute l'honnêteté scientifique dans la transmission des textes (références, citations, documents), et dans les commentaires qu'ils en font, en toute objectivité et loin de tout parti pris sectaire.

je dis cela, et j'insiste sur cette affirmation, en connaissance de cause et après avoir passé un temps très long dans l'étude des croyances des douze imams en particulier, et du chiisme en général, à travers les ouvrages historiques et critiques des auteurs sunnites. de cette longue période d'étude du chiisme à travers les écrits des savants sunnites, je n'ai pas obtenu grand chose, et je ne suis pas parvenu à connaître la vérité concernant le chiisme. la raison en est que cette étude était une étude incomplète et mutilée, fondée sur les affirmations des détracteurs de cette ecole juridico-religieuse, dont les adeptes constituent la seconde partie des musulmans dans les orients et les occidents de la terre.

et puis, animé que j'étais par la recherche de la vérité où qu'elle se trouve, de la sagesse où qu'elle soit, la sagesse étant la bête égarée du croyant, j'ai tourné le gouvernail de ma recherche scientifique de l'ecole des douze imams vers l'autre direction, c'est-à-dire l'étude de cette ecole à travers les écrits de ses savants, de ses tenants, de ses chercheurs et de ses dignitaires. et il est évident que les savants de ladite ecole connaissent mieux celle-ci que ses adversaires, et ce quels que soient l'éloquence, la réthorique et les mérites de ces derniers.

en outre, l' "honnêteté scientifique", qui est l'une des premières règles de la "méthode scientifique moderne" que j'ai choisie pour mener à bien mes recherches et mes écrits sur les vérités matérielles ou spirituelles, exige une exactitude totale et beaucoup de scrupules dans la transmission des textes et des documents sur lesquels se fonde e chercheur. or, comment un chercheur, quelles que soient son habilité scientifique et son intuition dans la connaissance des vérités, pourrait-il s'assurer de l'authenticité et de l'exactitude des textes relatifs aux chiites et au chiisme en s'appuyant sur des références et des sources qui n'appartiennent pas à ces derniers? sa recherche "scientifique" serait certainement sujette à caution, et ne reposerait certes pas sur un fondement bien solide!

pour toutes ces raisons, j'ai décidé d'approfondir mes connaissances relatives au chiisme et aux chiites à travers ce qu'ils avaient écrit eux-mêmes, et ce qu'ils ont dit eux-mêmes, afin de ne pas tomber dans la même erreur et le même malentendu que d'autres historiens et critiques qui s'étaient crus à même de porter des jugements sur le chiisme et les chiites. pour moi, tout chercheur qui s'aventure à étudier une série de faits et de vérités en se référant à des sources non originelles fait un faux pas et commet une absurdité qui n'a rien de scientifique.

c'est dans cette erreur qu' "al-`allâmah, le dr. ahmad amîn" est tombé lorsqu'il a traité de la doctrine chiite dans ses livres. en effet, ce "`âlem" avait essayé d'exposer aux intellectuels certains aspects du chiisme et, ce faisant, il s'est cru autorisé à faire des supputations sur cette ecole, telles que: "le judaïsme s'est manifesté dans le chiisme"...

"les chiites sont les adeptes de `abdullâh ibn saba'", et d'autres insinuations dont la fausseté a été établie et que les uléma chiites n'ont trouvée aucune peine à réfuter. (...)(3)

et alors que je continuait à puiser dans les sources originelles et authentiques du chiisme, un ami éditeur irakien(4) n'a présenté un nouveau livre, écrit par le professeur mohammad redhâ al-modhaffar, doyen de la faculté de fiqh de najaf (iraq), sur les croyances des chiites, et m'a demandé d'en préparer une introduction dans laquelle je dirais franchement ce que j'en penserais.

dès que je me suis mis à feuilleter ce livre, je n'ai pu qu'être saisi d'admiration pour un ouvrage dans lequel l'auteur allie l'exposé précis des croyances des chiites à la clarté et la franchise de l'expression de son intention. en effet, alors que ce livre ne cesse de vous procurer une immense joie dans la découverte des croyances du chiisme à travers une image clairement dessinée, dont les différences parties sont bien classées et bien détaillées, il vous éblouit en même temps par la beauté de ses expressions et l'éclat de son tissage. mais outre ces deux aspects dignes d'éloges de l'ouvrage, celui-ci réunit en lui la richesse du contenu que les chercheurs sont habitués à trouver dans les livres du chiisme, et la brièveté et la concision de ce que l'auteur veut expliquer au lecteur. fait ainsi, ce livre peut être présenté en deux mots: un contenu riche, concentré dans un tissu infiniment compact et clair.

en disant tout cela, je cherche moins à flatter ou à complimenter à l'excès l'auteur, qu'à dire, ce qui constitue, à mon avis, l'un des principes scientifiques élémentaires que les chercheurs visent lorsqu'ils s'efforcent de présenter les faits et de les mettre à la place qu'ils méritent.

c'est pourquoi je vais essayer de présenter au lecteur quelques-unes des belles images que recèle ce traité minuscule en volume et en structure, et riche en idées et en signification, traité que l'auteur a étoffé d'arguments et de preuves et brodé de témoignages et de citations tirés tantôt du saint coran et du hadith et tantôt des dires des douze imams, (qu'allah soit satisfait d'eux). ces belles images que je vais vous exposer, capteront sans doute l'attention du lecteur averti tout comme elles ont capté la mienne, et susciteront son admiration tout comme elles ont suscité la mienne, même s'il n'a pas lu cette introduction que j'ai écrite, car très souvent il y a une symbiose entre les sentiments des chercheurs et des lecteurs et une conformité de vue dans les jugements qu'ils émettent sur ce qu'ils lisent, puisque la vérité est une et non multiple tant que ceux qui la disent et ceux qui la jugent émettent leurs jugements en se fondant plus sur la raison que sur le coeur, et plus sur leur conviction intime que sur leurs caprices, et qu'ils sont animés plus par l'équité que par le parti pris sectaire.

l'une de ces images susceptibles de capter l'attention du lecteur est la question de l'ijtihâd chez les imâmites (les chiites adeptes des douze imams d'ahl-ul-bayt). en effet, selon l'idée générale transmise de génération en génération par les uléma sunnites, la porte de l'ijtihâd a été fermée avec la disparition des quatre imams du fiqh (la jurisprudence islamique): abu hanîfah, mâlek, al-chafe`î et ibn hanbal. il est question ici, évidemment, de l'ijtihâd dans la doctrine ou un ijtihâd partiel, dans les branches, et il s'est arrêté, chez les sunnites, au plus tard au quatrième siècle de l'hégire. en ce qui concerne les tentatives d'al-ghazâlî au cinquième siècle, d'abu tâher al-salafî au sixième siècle, de `izz al-dîn ibn abdul salâ et ibn daqîq al-`id au septième siècle, de taqî al-dîn al-sabkî et de l'inventeur(5) ibn taymiyyeh au huitième siècle, d'al-`allâmah jalâl al-dîn abdul rahmân ibn abî bakr al-soyoutî au neuvième siècle... elles s'inscrivent, du point de vue de la méthode scientifique moderne, dans le chapitre des fatwâ (décrets religieux) et n'ont rien à voir avec l'ijtihâd.

en revanche, les uléma chiites imâmites s'autorisent l'ijtihâd sous toutes ses formes, que nous venons d'évoquer, et y insistent absolument. ils n'ont jamais fermé le chapitre de l'ijtihâd à leurs savants religieux jusqu'à nos jours. bien mieux, on les voit exiger la présence du "mujtahid contemporain" parmi eux, et rendre obligatoire pour tout chiite de le suivre directement sans plus se référer aux mujtahid déjà décédés, tant que ledit mujtahid contemporain (vivant) tire les bases de son ijtihâd (les fondements et les branches) de ses prédécesseurs et les hérite des imams qui les transmettent de père en fils.

ce n'est pourtant pas tout ce qui me séduit dans leur ijtihâd. ce qui me semble encore plus captivant à cet égard, c'est que l'ijtihâd qu'on leur connaît suit l'évolution de la vie et de ses lois, et rend les textes religieux vivants, mobiles, évolutifs et en développement constant, s'adaptant aux lois de l'époque et du lieu, et échappant au figement qui éloigne la religion de la vie ou la doctrine de l'évolution scientifique, comme on le voit dans la plupart des autres ecoles juridico-religieuses musulmanes.

sans doute la production livresque prodigieuse des chiites et leur riche bibliothèque toujours grandissante, s'expliquent-elles à notre avis du fait qu'ils ont laissé ouverte à deux battants la porte de l'ijtihâd.

la deuxième image qui attire l'attention des penseurs, et les incite à s'intéresser aux croyances de cette doctrine et à approfondir l'étude de ses opinions, c'est la discussion des uléma chiites de la question de la "beauté" et de la "laideur" dans les choses, et de savoir si une chose est belle en elle-même et de par son essence, ou bien si elle l'est parce qu'allah l'a commandée à ses serviteurs et l'a choisie pour eux. et la même question est posée par eux à propos de la laideur: une chose est-elle laide dans son essence et dans sa nature, ou bien sa laideur découle-t-elle du fait qu'allah l'a interdite à ses serviteurs?

quand vous aurez lu ce sujet et ce que l'auteur des "croyances du chiisme" dit à ce propos, vous constaterez vous-mêmes que les chiites optent pour la première solution à propos du beau et du laid. selon les chiites en général, et les imâmites en particulier, la beauté et la laideur sont essentielles et originelles dans les choses, et ne proviennent pas de l'approbation ou de l'interdiction qu'allah leur a assignés. une telle opinion surprend beaucoup de chercheurs et les incite à la réflexion et à la méditation.

quant à moi, il n'y a pour moi aucun motif d'étonnement ou d'équivoque, car les chiites imâmites recouraient autant à la science rationnelle qu'à la science instrumentale pour traiter de certaines questions religieuses. leur opinion sur le beau et le laid, en tant que qualité essentielle dans les choses, est identique à celle des mu`tazilah.

ici, une question se pose, à laquelle je m'apprête à répondre. il s'agit de savoir si les chiites ont subi, à cet égard, l'influence des mu`tazilites ou bien si, au contraire, ce sont les mu`tazilites qui ont été influencés par les chiites. la réponse est que, contrairement à une idée fausse largement répandue parmi les chercheurs, ce ne sont les chiites qui ont subi l'influence des mu`tazilites, mais l'inverse. j'affirme cela sans risque de me tromper car le chiisme, en tant que doctrine, est antérieur au mu`tazilisme, en tant que doctrine, et les figures de proue du chiisme existaient bien avant les têtes pensantes du mu`tazilisme. je fonde mon affirmation sur des vérités historiques que personne ne songe à contester, à savoir que la première génération chiite commença à se former à l'époque des califes bien-dirigés et se développa sous le califat de l'imam ali. et, à peine l'imam ali était-il tombé en martyr, que les chiites étaient devenus un parti qui égalait tous les partis politiques et religieux de l'islam(6).

il en résulte que je suis à même de mettre en évidence, à l'intention du lecteur averti, que le chiisme, contrairement aux affirmations des auteurs déformateurs de la vérité et omayyades, n'est pas une doctrine purement "instrumentale" fondée sur des traditions religieuses imprégnées de mythes, l'illusions, de superstitions, et de glissements judaïques, ni découlant dans ses principes de abdullah ibn saba' ou d'autres personnages légendaires. le chiisme, selon notre méthode de recherche scientifique moderne, est tout à fait le contraire de ce qu'insinuent ses détracteurs. en effet, le chiisme est la première doctrine musulmane qui ait réuni à la fois l'instrumental (les traditions transmises) et le rationnel, et qui ait réussi, à la différence des autres doctrines musulmanes, à suivre une voie globale et de large horizon. sans ce trait distinctif consistant à concilier le "rationnel" et l, "instrumental" qui les caractérise, les chiites n'auraient pas eu cet esprit de rénovation dans l'ijtihâd et de développement dans leurs questions jurisprudentielles, leur permettant de s'adapter aux changements de lieu et d'époque sans s'écarter de l'esprit de l'éternelle chari`ah islamique.

voyons maintenant une troisième image captivante de ce livre, image qui pourrait paraître, de prime abord, en contradiction avec la méthode rationnelle dont le chiisme est armé et que nous venons de souligner. il s'agit de la pratique de la visite des tombeaux et des mausolées des imams d'ahl-ul-bayt et des personnages pieux de l'islam, et de l'adoration d'allah (la prière prescrite, les réunions religieuses, les cérémonies commémoratives) près de ces tombeaux et de ces mausolées des saints des musulmans. ce genre de pratiques est considéré par les musulmans empiristes et rationalistes modernes comme illégal et superstitieux, et il y a même certains groupuscules musulmans, tels les adeptes d'ibn taymiyyeh et ceux de son disciple mohammad ibn abdul wahhâb, le fondateur de la doctrine wahabite, qui n'hésitent pas à qualifier ces pratiques d'impiété de d'hérésie.

evidemment, la majorité des musulmans, et tous les modérés parmi eux, sont opposés à cette position extrémiste, et s'accordent unanimement avec leurs frères chiites imâmites sur leur pratique évoquée ci-dessus, car les deux partis (les chiites, et la majorité des musulmans) croient que les gens pieux et tous les hommes de la terre ne peuvent nous être utiles que dans ce qu'allah décide pour nous, et ne peuvent nous nuire que lorsqu'allah le veut. par conséquent, les hommes ne peuvent avoir de l'influence sur nous, et ne peuvent nous être utiles ou nuisibles, qu'avec la permission d'allah. donc, visiter les tombeaux des hommes pieux, n'a d'autres signification ni d'autre effet que le désir de suivre leur bon exemple, leur haute moralité islamique, et les pratiques qui en découlent, sont tout-à-fait admises chez les deux parties, chiite et sunnite.

le quatrième point qui a suscité mon admiration en lisant ce livre, c'est la façon claire et éloquente dont l'auteur montre l'influence de la méthode rationnelle sur les penseurs chiite, et pourquoi ceux-ci croient à l'unité des attributs et de l'essence d'allah, c'est-à-dire que les attributs d'allah sont son essence-même, et comment ils conçoivent la question de "la décision et le destin"(7), c'est-à-dire si l'homme est libre ou prédéterminé dans ses actions et son destin.

le cinquième point développé dans ce livre, et par lequel nous terminerons notre introduction, est la question de badâ',

dont le sens apparent est de faire quelque chose puis de l'effacer, et que les chiites imâmites attribuent à allah, mais pris dans un sens tout-à-fait différent. or, étant donné que le badâ', dans son sens apparent, est plutôt un attribut des êtres créés, puisque faire quelque chose puis l'effacer est signe d'une pensée précipitée, de correction après l'erreur, et de connaissance après l'ignorance, beaucoup de penseurs ont décrié les chiites pour avoir attribué le badâ' à allah, alors que ceux-ci sont à cent lieues de l'attribuer dans son sens courant et apparent à allah. en effet, les uléma chiites et sunnites sont d'accord pour dire que la science d'allah est ancienne (eternelle) et à l'abri de tout changement, de toute modification, et de toute réflexion, qui sont le propre des êtres humains. ce qui est susceptible de changement et d'effacement après avoir été établi, c'est seulement ce qui apparaît sur la "table préservée" (al-lawh al-mahfoudh), puisque le très-haut dit: "allah efface qu'il veut et confirme ce qu'il veut...".(8)

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